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 [Edgar & Diane][-16] Un démon ? C'est un ange émigré. [9 avril 1928]

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Diane Delacour
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MessageSujet: [Edgar & Diane][-16] Un démon ? C'est un ange émigré. [9 avril 1928]   Lun 17 Avr - 16:52

Sanguini
&
Diane

Un démon ? C'est un ange émigré.

Samedi 8 Avril 1928, 23h15.

Pas un bruit ne perturbait le calme de mausolée de l'appartement. L'orgueil provocateur des chats lui-même n'osait pas rompre le silence qui avait envahi les lieux dès le retour de Madame. Schubert avait bien essayé de lui arracher une caresse en se lovant  comme un serpent sur l'ouvrage qu'elle avait disposé sur la table de chevet ; elle l'ignora. Le félin contrarié délaissa Crime et Châtiment – qui, malgré son épaisseur, demeurait une couche peu confortable- et la suivit jusqu'à la salle de bain. L'absence de lecture de Madame était toujours un très mauvais signe. Il la regarda se dévêtir sans comprendre la langueur qui l'habitait. D'un coup de baguette, elle activa le robinet de la baignoire qui déversa un flot soutenu d'eau pourpre aux relents de lavande. Schubert éternua. Quelle idée saugrenue de se faire mijoter soi-même dans une marinade de plantes à l'odeur trop forte. Il secoua la tête, cette attirance incompréhensible de sa maîtresse pour l'eau le laissait perplexe. Il la mettait sur le compte d'une très mauvaise hygiène due à l'incapacité de Madame à faire sa toilette. Un second coup de baguette dénoua les lacets qui maintenaient sa robe. Elle glissa sur ses hanches lentement jusqu'à tomber sur le sol dans une corolle de pétales de dentelle noire. Le négligé de soie, les bas, les porte-jarretelles et le soutien-gorge ouvragé la rejoignirent très vite. La nudité spectrale de Madame apparut à la lumière trop orangée de l'applique murale. Elle se regarda un instant, sans haine, sans joie et retira le pic de bois précieux qui retenait son épaisse chevelure noire. Elle se déversa sur ses épaules nues comme une coulée de lave noire et vint lécher le haut de son coccyx. Quelques secondes plus tard, elle était dans l'eau bouillante. Au milieu des vapeurs, elle ressassait la mélodie entêtante qui l'avait agacée durant la soirée.

« En haut de la rue Saint-Vincent,
Un poète et une inconnue,
S'aimèrent l'espace d'un instant,
Mais il ne l'a jamais revue... 
»

Elle ferma les yeux. Ce vieil air lui avait rappelé la France et, avec plus d'amertume encore, son statut d'expatriée, de louve au milieu des brebis. Elle se laissa couler dans l'eau, chassant de son esprit de vieux souvenirs douloureux. Paris, la belle, la sublime ville lumière. Le monde sorcier français. Les réceptions. Les jeux. Les conversations. Se sentir entourée par la magie. Par la sorcellerie. Beauxbâtons.

« Cette chanson il composa,
Espèrant que son inconnus,
Un matin de printemps l'entendra,
Quelque part au coin d'une rue... 
»

D'un accio informulé, elle fit venir une bouteille de vin des elfes -français- qu'elle saisit et déboucha d'un coup de dents rageur. Elle souffla le bouchon de liège quelques mètres plus loin et sentit le liquide fort chatouiller délicatement ses papilles. Ses paupières s'amollirent sans tarder.

« La lune trop blême,
pose un diadème,
sur tes cheveux roux...

La lune trop rousse,
de gloire éclabousse,
ton jupon plein de trous...
 »

Nouvelle gorgée. Plus franche. Schubert sauta sur le rebord de la baignoire. Il était certain que Madame ne mesurait pas la preuve d'affection que représentait une telle prise de risque. Il la considéra de ses grands yeux jaunes avec une certaine inquiétude et frotta le flanc de sa tête triangulaire contre sa joue. Madame sembla le remarquer enfin et lui offrit un sourire triste.

« La lune trop pâle,
caresse l'opale,
de tes yeux blasés.

Princesse de la rue,
sois la bienvenue,
dans mon cœur blessé.
 »

Alors qu'Erato considérait comme une perspective moins incompréhensible de se laisser choir dans l'eau jusqu'à ce que cette dernière l'engloutisse, un fracas terrible la fit sursauter. Schubert sauta du rebord pour identifier la source de ce bruit sourd. Madame le suivit, s'extirpant de la torpeur entêtante de l'eau qui l'aspirait peu à peu dans ses abysses. Elle s'enroula dans un lourd linge bordeaux et suivit le chat noir qui la mena dans la chambre. Elle observa ce qui gisait sur le parquet vernis de sa chambre avec un mélange de fascination et d'horreur. Elle savait désormais où aller pour se sentir chez elle. Par un coup du sort étrange, Il l'avait rappelée à lui.

Dimanche 9 avril, 1928, dans la matinée.

Le crucifix qu'elle gardait depuis dix ans derrière l'épaisseur rassurante d'un rideau de velours rouge s'était fracassé sur le sol, pendant qu'elle envisageait l'oubli total comme une perspective attrayante. Il ne fallait pas être particulièrement superstitieux pour y voir un signe direct de la désapprobation divine. Le lendemain, pour la première fois depuis une vingtaine d'années, Diane entreprit donc d'assister à la messe. Elle s'était renseignée auprès de voisines -qui dissimulaient à grand peine la surprise qui leur décrochait la mâchoire, l'église catholique la plus proche était située dans le Queens. S'il fallait se réconcilier avec le Tout-Puissant, elle comptait bien ne pas le faire en s'encanaillant avec ces illuminés de protestants. Elle s'était donc habillée sobrement, avait saisi un missel vieilli qui dormait dans sa table de chevet et sortit. Sur le chemin, elle aperçut de loin la foule des fidèles s'agglutiner autour de la bâtisse.

- Saint Tobias le Cruel, lut-elle à voix basse.

Le Père de ses lieux s'annonçait être un joyeux. Un malaise oppressant commença à habiter sa poitrine. Tout, dans ces lieux, semblaient l'observer. Elle se sentit être la fille prodigue et honteuse qui venait, repentante, entre les bras incestueux de la chrétienté. La foule la fixait sans rien cacher de ses questionnements. Une vague d'émotions s'échappa du groupe pour venir polluer l'esprit de Diane. Surprise. Étonnement. Dégoût. Jalousie. Luxure. Les ouailles américaines avaient donc la même propension au vice que leurs homologues françaises. Diane souffla et s'exila vers le jardin de l'Eglise. Elle préférait encore se retrouver seule à seul avec le divin plutôt que face au peloton d'exécution bien-pensant des grenouilles de bénitier. Elle laissa ses pas la porter jusqu'à la plaque d'entrée.

« PRAY, PENANCE & PAIN. »

Ses longs doigts pâles suivirent la courbe abrupte de ces mots terribles. Elle les contourna et entra sans bruit dans l'Eglise. Le silence des lieux lui rappela avec consolation celui de son appartement. La fraîcheur couvrit ses bras de chair de poule. La prestance étrange qu'ont toujours les lieux saints lui causaient  une réaction épidermique puissante. L'esprit du lieu la touchait, réellement. Elle glissa le bout de ses doigts dans le bénitier et se signa avant de se diriger vers l'autel.

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Père Edgar
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MessageSujet: Re: [Edgar & Diane][-16] Un démon ? C'est un ange émigré. [9 avril 1928]   Lun 1 Mai - 19:54

Edgar
&
Diane

Un démon ? C'est un ange émigré.

Samedi 8 avril 1928


« Mes chers frères, je vous avais annoncé dimanche dernier que je prêcherais aujourd’hui sur ce grave péché qu’est l’adultère. Et en guise de préparation, je vous avais suggéré de lire le chapitre de la Bible à l’évangile de Matthieu 5.27-30. Dans ce passage, le Seigneur Jésus s’exprime sur la question de l’adultère. Le sermon sera composé de plusieurs points, la question de l’intention qui se diverge de l’acte, la différence fondamentale entre regarder et lorgner, et nous conclurons sur l’impasse qui découle de ce crime. »

La voix du Père Edgar provenait de l’église, elle résonnait entre les murs de pierres. Au centre du chœur, comme tous les samedi soirs, il était temps pour notre homme de foi de relire une dernière fois le sermon qu’il rédigeait un peu tous les jours de la semaine pour le dimanche. Cette répétition finale était nécessaire, elle était pour lui l’occasion d’en faire lecture à voix haute afin de souligner au crayon les points à accentuer. Le thème du sermon hebdomadaire qu’il s’était fixé l’avait inspiré. « L’adultère n’est pas un péché mais un crime » durait au total trois bons quart d’heure.

Au bout de plusieurs heures de travail acharnées, la mise en scène était terminée. Edgar n’en était pas peu fier et s’autorisa alors une soirée plus plaisante. Il retourna dans ses appartements, et quitta son accoutrement d’homme de foi, pour ne se vêtir que d’une chemise blanche ample et légère qui lui tombait en dessous du bassin. Il alluma le gramophone qu’il s’était offert il y a quelques années déjà, et de l’amplificateur s’égraina les notes de musique de la symphonie en C majeur de son compositeur favori, l’européen Richard Wagner.

Il s’allongea dans sa couche, recouvra la nudité de son corps du drap fin qui ornait son matelas et glissa ses doigts jusqu’à son entrejambe. Il ferma les yeux et calqua le rythme de la musique aux mouvements que sa main exerçait sur sa verge. Il branlait son sexe laissant ses songes divaguer sur les descriptions de la relation sexuelle entre Albine et Serge.  La pression de ses doigts autour de son chibre se fit plus forte, il grogna. Ses lèvres s’entrouvrirent, il souffla quelques mots entre quelques gémissements : « Elle ouvrait la bouche, cherchant le baiser qui devait l’étouffer, quand les jacinthes et les tubéreuses fumèrent, l’enveloppèrent d’un dernier soupir, si profond, qu’il couvrit le chœur des roses. Albine était morte dans le hoquet suprême des fleurs » A ces mots, la semence s’expulsa du phallus du père et rejoignit l’étoffe qui devint peu à peu transparente. Son sceptre avait craché son sperme comme un serpent crache son venin, d’aise et de bien-être, il laissa son esprit s’éloigner pour se perdre aux soins de Morphée.



Dimanche 9 avril.



Le prêtre s’était levé avec l’aube. Malgré son réveil matinal, il prit du temps pour faire ses corvées et s’occuper de son potager, après l’avoir lavé de ses péchés, il avait entendu son drap blanc à l’arrière du terrain de l’église. L’heure de la messe se rapprochait prématurément, plus que trente minutes avant qu’il n’invite les fidèles à pénétrer dans la nef. L’homme de foi avait grimpé les marches de la  bibliothèque afin d’accéder à la toiture qui était longé par un chemin étroit d’où il pouvait faire sa ronde et guetter les brebis de son troupeau se regrouper devant la maison du Seigneur. Lorsque les personnes arrivaient devant la bâtisse, ils se séparaient pour être prêts. Certains hommes de foi acceptent que des personnes de sexes contraires s’assoient l’un à côté de l’autre sur les bancs du Puissant, quelle idée, Edgar n’était pas de cet avis, et les fidèles ne le savaient que trop bien. Les hommes et les femmes formaient deux groupes distincts, l’un jacassait bien trop fort, l’autre discutait de travail, le jour du Seigneur, quel outrage.  

Le père contemplait le tableau splendide que son œuvre lui permettait d’observer le dimanche lorsqu’il aperçût une femme d’une blancheur de peau extrême traverser la foule de ses ouailles. Il ne l’avait pas vue arriver, elle semblait provenir de son jardin, de plus il ignorait l’identité de cette dame. En passant devant son panneau, elle caressa du bout de ses doigts les lettres capitales de la devise du domaine : « PRAY, PENANCE & PAIN. ». Elle disparue de son champ de vision, la malheureuse allait pénétrer la chapelle. A grands pas, il se hâta de descendre les marches quatre par quatre, il poussa la lourde porte pour rejoindre le chœur de l’église, et il la vit, elle était là, à l’entrée de la nef.

Elle n’était pas étrangères aux coutumes religieuses, la signature qu’elle apposa sur son front était délicate, rapide, soignée. Elle s’approcha, il sortit de l’ombre et s’avança en sa direction, dans la lumière.

- Bien le bonjour mon enfant.
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Diane Delacour
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MessageSujet: Re: [Edgar & Diane][-16] Un démon ? C'est un ange émigré. [9 avril 1928]   Lun 1 Mai - 21:27



Edgar & Diane
Un démon ? C'est un ange émigré.



⚜ «...quand les jacinthes et les tubéreuses fumèrent, l’enveloppèrent d’un dernier soupir, si profond, qu’il couvrit le chœur des roses. Albine était morte dans le hoquet suprême des fleurs » ⚜

Quelque chose dans le silence froid de l'église rassura l'esprit anxieux de la voyante. La légilimancie, surtout à l'état aussi sauvage et peu académique que celui où elle s'était manifestée dans son esprit, offrait à son porteur une très grande sensibilité des lieux, des vieux bâtiments. C'était l'une des raisons pour lesquelles Diane ne s'était plus rendue dans la maison du Seigneur depuis de nombreuses années. C'était trop ardu. Trop fort. Elle leva la clarté dérangeante de ses grands yeux vers les vitraux. Sa mâchoire s'entrouvrit d'ébahissement. Tant de splendeur pour un lieu aussi peu visité. Elle porta une main à son cœur. L'âme de cette église lui était douce. Elle abritait ses secrets, ses mélancolies, ses joies, aussi. Sans esclandre. Avec la douce résignation des grands bâtiments trop souvent vides. Elle fit cependant attention à se tenir éloignée du confessionnal. C'était la plupart du temps un lieu vicié par les pleurs, la honte et la culpabilité. Elle n'avait pas besoin de ça. Elle souffla un bon coup et allait prendre place lorsqu'une voix la coupa net :

- Bien le bonjour, mon enfant.


Par Hécate, il fallait que sa réconciliation avec le divin soit soldée par une confrontation directe avec un homme d'Eglise. Diane réprima le mouvement automatique qui faillit faire rouler ses pupilles et les focalisa sur son interlocuteur. Tout dans cet homme la mit profondément mal à l'aise. Tout d'abord sa façon, méticuleuse à l'extrême, de porter sa tenue de foi. Ensuite, ses énormes mains à la peau presque boucanée par les travaux extérieurs, les traits taillés à la serpe de ce visage sévère, la raideur de ce corps trop massif et fort pour être sain. Mais ce qui la gêna le plus fut -plus encore que cette chevelure noire et longue si peu commune aux hommes de Dieu- ce regard. C'était la première fois qu'elle était confrontée à un regard aussi clair que le sien. A un regard aussi perçant que celui qu'elle portait elle-même sur le monde. Elle expira fortement. La panique venait de s'emparer de son esprit. Les émotions que cet homme dégageait étaient dangereuses. Sa vision émotive s'emballa. Contrôle. Piété. Dévotion. Haine. Curiosité. Elle fit un pas de recul.

- Bonjour, je...

Elle n'aurait pas dû venir. Elle s'était exilée du monde de Dieu pour vivre sa vie sans lui. Ce vieux crucifix brisé n'était pas un appel mais au contraire le signal qu'elle ne devait plus se tourner vers la religion Et pourtant... Et pourtant quelque chose dans les yeux clairs de ce prêtre lui intimait de rester. Quelque chose lui soufflait dans un murmure plaintif qu'elle était ici chez elle. Ses doigts trop minces et diaphanes se reformèrent sur le missel qu'elle tenait contre son ventre. Elle entrouvrit ses lèvres fines, laquées d'encre bordeaux. Sous le trouble de cette rencontre fortuite, sa voix était plus encore dominée par son fort accent français que de coutume :

- Mon Père. Je me suis égarée, excusez-moi. Je vais rentrer chez moi, je ne veux pas déranger l'office.

Diane eut un sourire d'excuse pudique et entreprit de se tourner. Le claquement du talon de sa bottine résonna dans la nef comme une avertissement branlant, comme si les dalles mêmes de l'Eglise se refusaient à la laisser partir. Elle eut un moment d'hésitation et fronça les sourcils. Ses ongles s'enfoncèrent  dans la croûte de cuir usée de son missel. Elle secoua la tête et reprit sa marche.  Elle choisit, comme elle l'avait toujours fait depuis une quinzaine d'années, d'ignorer cette voix de tremblante indigence qui lui susurrait de retrouver la voie de Dieu. Les claquements de ses talons résonnèrent comme les coups terribles et métronomiques du maillet qui avait enfoncé un à un les clous de la Crucifixion. Après tout, elle aurait fait un bien piètre Agnus Dei, elle, l'étrangère, l'impie, la porteuse de péchés, la fille de l'Infamie.
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MessageSujet: Re: [Edgar & Diane][-16] Un démon ? C'est un ange émigré. [9 avril 1928]   Sam 10 Juin - 16:50

Edgar
&
Diane

Un démon ? C'est un ange émigré.



La jeune femme n'était pas reconnue dans le répertoire visuel du Père, peut-être était elle nouvelle arrivante dans le quartier. Les paroles qui venaient de l'apostropher semblaient l'avoir distraite de la contemplation du lieu dans laquelle elle s'était plongée. Sa fascination s'estompa et instantanément elle fixa l'homme d'église de ses grands yeux bleus.  Ses pupilles tremblèrent un instant, comme si elle avait retenu un réflexe adolescent, puéril, insolent et provocateur, avant de s'agrandir, l'homme d'église eut la désagréable impression qu'elle tentait de le lire comme s'il était un livre ouvert. Dévisagé par ce regard perçant, il croisa les doigts de ses mains liées devant son bassin, il attendit la réponse de l'étrangère qui ne tarda pas être murmurée.

- Bonjour, je...

Un souhait de bonne journée bredouillé, les lèvres de la dame s'étaient à peine entrouvertes, une tentative de parole refoulée, une phrase inachevée paralysée dès sa naissance, les mots se perdirent dans le silence du lieu de culte. Edgar ne quitta pas son hôte du regard, ses yeux parcoururent sa silhouette svelte. Habillée avec goût, sa tenue était sobre et pourtant originale, elle n'appartenait pas à la mode actuelle du continent, ce qui expliquait probablement l'absence totale d'informations à son sujet. Ses lèvres fines étaient peintes d'un bordeaux sombre, son regard était d'un bleu océan puissant, son teint était d'une pâleur maladive sans que pourtant son corps ne laisse à penser un quelconque symptôme. Sa peau était blanche et hypnotique, surtout les parcelles plus sensibles, plus fines qui étaient étirées par l'existence de cette poitrine généreuse. L'homme de foi détourna immédiatement le regard qu'il avait osé attardé sur les seins de madame à l'objet saint qu'elle tenait fermement contre son ventre. Il s'agissait d'un missel au cuir fatigué, usé par son âge et ses nombreuses manipulations. Ce fut à son tour d'être interrompu dans sa contemplation par les mots d'autrui.

- Mon Père. Je me suis égarée, excusez-moi. Je vais rentrer chez moi, je ne veux pas déranger l'office.

Cette phrase, cette fois, achevée avait été ponctuée par un sourire d'excuse pudique, puis d'un claquement sec de talons qui résonna longuement dans la nef de l'église. Après une courte hésitation, la femme secoua la tête, comme pour se persuader que le Puissant ne lui ordonnait pas de rester, et reprit sa marche en direction de la sortie.  

- Jamais quiconque ne dérange mon office, comme jamais l'on ne se perd dans une église avec un missel à la main. Je ne suis pas certain que le mensonge ait sa place en ce lieu mon enfant. Je sais tout comme toi que tu n'es pas égarée, pas en ce sens du terme. Tu es fourvoyée, tu ne sais plus si le Seigneur veille sur toi. Tes songes sont désordonnés. Tu trembles de rage. Mais sache que tu es au bon endroit. Partir ne fera que retarder ce moment. Il n'est pas nécessaire de t'infliger les souffrances brûlantes liées à l'absence du Seigneur dans ton cœur, arrête toi, il te l'ordonne.


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MessageSujet: Re: [Edgar & Diane][-16] Un démon ? C'est un ange émigré. [9 avril 1928]   Sam 10 Juin - 17:51



Edgar & Diane
Un démon ? C'est un ange émigré.



⚜ «...quand les jacinthes et les tubéreuses fumèrent, l’enveloppèrent d’un dernier soupir, si profond, qu’il couvrit le chœur des roses. Albine était morte dans le hoquet suprême des fleurs » ⚜

- Jamais quiconque ne dérange mon office, comme jamais l'on ne se perd dans une église avec un missel à la main. Je ne suis pas certain que le mensonge ait sa place en ce lieu mon enfant. Je sais tout comme toi que tu n'es pas égarée, pas en ce sens du terme. Tu es fourvoyée, tu ne sais plus si le Seigneur veille sur toi. Tes songes sont désordonnés. Tu trembles de rage. Mais sache que tu es au bon endroit. Partir ne fera que retarder ce moment. Il n'est pas nécessaire de t'infliger les souffrances brûlantes liées à l'absence du Seigneur dans ton cœur, arrête toi, il te l'ordonne.


Le métronome déterminé de ses talons se stoppa brusquement, répercutant son impact cinglant dans un écho caverneux. La sorcière se retourna lentement et observa le prêtre. Elle le jaugea avec toutes la dureté que ces grands yeux bleus étaient capables de répandre. Un mince filet de brume s'échappait de ses lèvres au rythme de sa respiration, signe que la température du lieu saint semblait s'être refroidie. Derrière elle, le murmure incessant des ouailles encore pressées contre le parvis peinait à combler le silence gênant qui s'était instillé entre les deux âmes. Elle finit répondre, son fort accent français durcissant malgré elle la portée de ses mots, chacune de ses énumérations marquant un pas supplémentaire qu'elle osait vers le prêtre :

- La paresse. La colère. L'avarice. L'envie. L'orgueil. La gourmandise. La luxure.


Elle était arrivée à sa hauteur en prononçant ce dernier mot. La clarté de sérac de ses yeux se mêla à la sienne avec une insolence à peine dissimulée. Elle sourit avec la mutinerie d'une enfant prise sur le fait et susurra, un ton plus bas :


- Il n'est pas un de ces péchés capitaux qui ne soit totalement représenté en mon âme damnée. Êtes-vous sûr de vouloir faire pénétrer en votre sanctuaire une si méprisable créature de Dieu ?


Pressés par le froid hivernal et la perspective d'un vin de messe gratuit, les fidèles s'étaient permis d'entrer et se pressaient sans grâce dans les rangs de bancs les plus éloignés de l'autel. Diane eut pour eux un regard de dédain profond. Elle glissa sa langue sur ses lèvres trop sombres pour être pudiques et reprit, un peu plus fort :

- Je crains, mon Père, de vous apporter bien plus de soucis que de foi. L'Eternel a pour les gens de mon espèce des projets bien sombres sur lesquels les premiers psaumes de l'Apocalypse sont assez équivoques : « Dehors les chiens, les enchanteurs, les impudiques, les meurtriers, les idolâtres, et quiconque aime et pratique le mensonge! Les feux de l'Enfer brûleront leurs corps plein de vices et éclaireront notre voie. » Quelle piètre brebis suis-je, donc...

Elle le détailla à nouveau, ne pouvant s'empêcher de penser qu'il faisait lui-même une piètre figure de  prêtre. Son air harassé et négligé lui rappelait plutôt ces personnages fascinants et effrayants qu'un lecteur averti ne trouve qu'entre les pages de certains romans russes de la fin du XIXème siècles. Les « yourodivy » : les Fols-en-Christ. Ces âmes démentes touchées si fort par le regard de Dieu qu'elles en abandonnaient toute vie matérielle pour errer de ville en ville, pauvrement vêtues, le cheveu trop long et l'oeil aliéné, effrayant les enfants, mettant en garde les femmes contre leurs vices et promettant aux hommes une proche apocalypse. Ce prêtre à la voix trop sourde avait dans l'oeil cette même lueur de folie caustique. Quelque chose brûlait en lui. Quelque chose de puissant et de dangereux. Elle baissa les yeux pour ne plus y être confrontée et se perdit dans l'observation de ses mains caleuses. Alors que certains ongles comptaient des traces de terres, celui de majeur dissimulait un limon plus rougeâtre. Elle déglutit et détourna totalement le regard.
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MessageSujet: Re: [Edgar & Diane][-16] Un démon ? C'est un ange émigré. [9 avril 1928]   Dim 11 Juin - 1:43

Edgar
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Diane

Un démon ? C'est un ange émigré.



La tirade de l'homme de foi sembla affecter l'intruse puisque la trajectoire de cette dernière s'arrêta net. Le bruit des talons cessa de résonner dans la nef après un dernier impact violent lié à l'arrêt brutal de ses pas. Elle pivota lentement pour faire à nouveau face à son interlocuteur. Ses yeux auraient lancés des éclairs de colère s'ils avaient été en mesure de le faire. Une brume légère s'échappait des lèvres fines de madame, détail qui n'échappa pas au Père. L'atmosphère était glacée, la température semblait avoir chuté, les regards plantés l'un dans l'autre avaient gelés, aucun n'avait la volonté de relâcher ce contact visuel. Le silence fut assassiné par la reprise de la marche des talons sur le dallage de pierres du lieu de culte. Le crime du calme était ponctué par une énumération provocante au rythme précis, un pas pour un péché.

- La paresse. La colère. L'avarice.  

Trois abominations humaines avaient déjà été citées, trois pas avaient déjà été faits, rapprochant les deux âmes l'une de l'autre. Aucun n'avait pourtant baissé le regard. Celui du prêtre était noir, mais impassible, il ne laissait transparaître aucune émotion, jamais. Celui de la femme était provocateur, aguicheur aussi – en grande partie lié au reste de la silhouette -, mais surtout insolent. Son sourire mutin venait accentuer ces irrespectueuses impertinences.
 
- L'envie. L'orgueil. La gourmandise.

Trois autres infamies furent scandées, se calquant sur le même rythme envoûtant, presque mélodieux. Les deux fauves n'avaient toujours pas relâché leur proie du regard. Rien ne semblait pouvoir les distraire, pas même les ouailles qui à l'extérieur faisait un vacarme monstrueux que le vicaire aurait habituellement calmé d'un claquement de doigts.

-La luxure.

Elle était si proche de lui, et pourtant si lointaine. Elle semblait impalpable et pourtant, s'il le pouvait, si l'heure du sermon n'était pas aussi proche, si son troupeau n'était pas déjà aux portes, si les conditions avaient été réunies afin de lui permettre d'exécuter les actes qu'il tentait d'évincer de son esprit, il l'aurait fait. Il aurait volontiers effectué le dernier pas, s'avançant des derniers centimètres qui les séparaient, en tendant ses bras ses mains se seraient hasardées sur sa gorge nue, il aurait exécuté le dernier péché sur le corps inconscient de la femme qu'il ne quittait pas du regard.

- Il n'est pas un de ces péchés capitaux qui ne soit totalement représenté en mon âme damnée. Êtes-vous sûr de vouloir faire pénétrer en votre sanctuaire une si méprisable créature de Dieu ?

Après les avoir murmurées, les paroles de son hôte s'insinuaient dans son être comme le poison du serpent se glisse dans vos veines. Le révérend sentit la colère monter en lui lorsqu'il vit son troupeau ponctuel entrer dans la maison du Seigneur sans invitation. Malgré les diverses émotions le traversant, son être ne laissait rien paraître, visuellement parlant, et il écouta les paroles dédaigneuses se déverser au creux de son oreille.  

- Je crains, mon Père, de vous apporter bien plus de soucis que de foi. L'Eternel a pour les gens de mon espèce des projets bien sombres sur lesquels les premiers psaumes de l'Apocalypse sont assez équivoques : « Dehors les chiens, les enchanteurs, les impudiques, les meurtriers, les idolâtres, et quiconque aime et pratique le mensonge! Les feux de l'Enfer brûleront leurs corps plein de vices et éclaireront notre voie. » Quelle piètre brebis suis-je, donc...

-Tu ne risques pas d'apprendre au Père Edgar les textes saints.  Dans le même psaume est aussi dit : "Que celui qui a soif vienne; que celui qui veut, prenne de l'eau de la vie, gratuitement. Que la grâce du Seigneur Jésus soit avec tous!" Qu'importe les fautes, qu'importe les crimes, le pardon est possible pour tous. Une piètre brebis oui, mais une brebis égarée n'est pas abandonnée par son berger.

Sans savoir pourquoi, la recrue potentielle qui jusqu'ici n'avait guère cillé détourna le regard du pasteur. Edgar cru même la voir déglutir. Puisque le lien visuel avait été rompu il en profita pour regarder un instant l'assemblée, elle était impatiente, il lui fallait faire vite.

- Je m'accorde avec toi pour dire que tu me causes déjà du soucis, une telle indiscipline n'aurait jamais eu lieu sans toi, mais tout peut-être réparé, tout sert d'exemple, tout est utile pour avancer. Maintenant l'office doit commencer, joins toi au troupeau. Les femmes sont sur la gauche.

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Diane Delacour
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MessageSujet: Re: [Edgar & Diane][-16] Un démon ? C'est un ange émigré. [9 avril 1928]   Dim 11 Juin - 22:49



Edgar & Diane
Un démon ? C'est un ange émigré.



⚜ «...quand les jacinthes et les tubéreuses fumèrent, l’enveloppèrent d’un dernier soupir, si profond, qu’il couvrit le chœur des roses. Albine était morte dans le hoquet suprême des fleurs » ⚜

« Tu ne risques pas d'apprendre au Père Edgar les textes saints.  Dans le même psaume est aussi dit : "Que celui qui a soif vienne; que celui qui veut, prenne de l'eau de la vie, gratuitement. Que la grâce du Seigneur Jésus soit avec tous!" Qu'importe les fautes, qu'importe les crimes, le pardon est possible pour tous. Une piètre brebis oui, mais une brebis égarée n'est pas abandonnée par son berger. Je m'accorde avec toi pour dire que tu me causes déjà du soucis, une telle indiscipline n'aurait jamais eu lieu sans toi, mais tout peut-être réparé, tout sert d'exemple, tout est utile pour avancer. Maintenant l'office doit commencer, joins toi au troupeau. Les femmes sont sur la gauche. »

Les grands doigts osseux de la sorcière se serrèrent autour du missel. Ses ongles, longs et laqués de noir, s'enfoncèrent à nouveau dans la croûte de cuir vieilli du livre de prière. Elle reporta sans répondre son regard sur ce prêtre étrange. Sa raison toute entière lui intimait de refuser cette invitation. Mille et une raisons auraient dû la dissuader : la loi Rappaport, le froid qu'elle avait fait régner dans l'Eglise et qui faisait frémir son épiderme, la proximité dérangeante d'une foule de moldus au quotient intellectuel plus ou moins similaire à celui d'un strangulot hors de l'eau et, plus que tout, la folie venimeuse du maître des lieux. Pourtant, par dessus toutes ces bonnes raisons de fuir, une petite voix aiguë et mesquine comme le serait celle d'un diablotin lui susurrait de rester, pour voir. Le prêtre, par le danger impérieux qu'il représentait, l'attirait. Comme un hétérocère vole toujours plus près de la bougie qui finit par lui consumer les yeux et les ailes, son esprit rongé par la legilimancie était avide des émotions de cet homme néfaste. Elle voulait savourer une à une les émotions, les pensées coupables et viles de cet homme qui s'était tout entier dévoué à la vanité de la pureté. Elle toussota pour rompre le silence qui s'était instauré entre eux et lui répondit avec toute la suave provocation d'une favorite disgraciée :

« On dit dans les campagnes françaises que c'est dans les églises que le diable trouve le plus sûr des refuges, alors, pourquoi pas ? En espérant que mon indiscipline et le souci qu'elle vous cause ne vous troubleront pas pour mener l'office. J'en serai terriblement contrite... »

Elle ponctua cette dernière phrase d'un geste lent ; sa main glacée comme celle d'un gisant se posa sur celle, sale, de l'homme de foi. Un sourire mutin donna un peu de couleur à ses lèvres lorsqu'elle reprit :

« Vous devriez cependant vous laver les mains avant la messe. Eau bénite, terre et sang forment un onguent dont les effets pourraient surprendre les esprits les plus cartésiens... »

Le pouce de la sorcière caressait doucement le doigt maculé de sang de l'homme de foi. Elle retira lentement sa main et se retourna comme si de rien n'était. Elle salua les dames, disciplinées, qui s'étaient amassées sur la gauche dans un froufrou ridicule de tissus. Certaines lui rendirent son salut, d'autres -la plupart- la considérèrent avec un dégoût pas même dissimulé. Elle leur offrit un sourire aussi hypocrite que splendide et se dirigea sans rapidité vers le premier rang de bancs... De la droite. On s'offusqua dans l'assistance, ce qui sembla considérablement amuser la sorcière. Certains hommes la regardèrent avec horreur, d'autres avec une vague d'envie lubrique qui la répugna quelque peu. Afin de faire taire ces émotions qui submergeaient de manière beaucoup trop désagréable son esprit legilimens, elle se tourna vers le groupe d'hommes et feula comme un chat, découvrant par la même occasion des dents blanches comme des perles et une langue plus rouge qu'un vin français. On s'offusqua à nouveau sans que la sorcière semble s'en soucier. Elle s'était tournée vers l'autel et dardait son regard dérangeant sur l'homme qu'elle pensait avoir pris à son piège.  Séduite par la partie d'échec sanglante qui s'annonçait, elle chercha à lire sur le visage de son adversaire le dépit d'avoir laissé entrer en son sanctuaire la fiancée du diable.

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Ne vous tournez point vers ceux qui évoquent les esprits, ni vers les devins; ne les recherchez point, de peur de vous souiller avec eux. Je suis l'Eternel, votre Dieu. Si quelqu'un s'adresse aux morts et aux esprits, pour se prostituer après eux, je tournerai ma face contre cet homme, je le retrancherai du milieu de son peuple.

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MessageSujet: Re: [Edgar & Diane][-16] Un démon ? C'est un ange émigré. [9 avril 1928]   Sam 1 Juil - 2:35

Edgar
&
Diane

Un démon ? C'est un ange émigré.



« Vous devriez cependant vous laver les mains avant la messe. Eau bénite, terre et sang forment un onguent dont les effets pourraient surprendre les esprits les plus cartésiens... »


Le prêtre était démangé par l’envie de passer sa main sur celle qui avait subi le contact glacé de la peau de la sorcière, il n’en fit rien, il ne montrerait aucun signe de trouble. Ce n’était pourtant pas les mots qui avaient interpellé le père mais la froideur corporelle de la femme. Elle était gelée. Pour le reste,  cette fausse accusation, il n’en avait que faire. Effectivement, ce dernier s’était probablement blessé en installant les tuteurs sur la parcelle des rosiers tout à l’heure. Une blessure superficielle, vraisemblablement, une écharde qui s’est nichée sous l’ongle, ce qui était quelque peu désagréable mais rien d’alarmant en somme. Sans lui donner d’explication en retour, il se retira de cette étreinte avant de se détourner d’elle, le spectacle avait assez duré pour ses fidèles. D’un pas silencieux, il traversa la demeure de Dieu.

Si la fiancée du diable venait de s’installer dans l’église de Saint Tobias le cruel, il ne fallait pas oublier que le diable lui-même se dissimule dans le corps et l’esprit de l’homme de foi qui allait commencer son sermon. Le Père Edgar venait de s’installer dans le chœur de l’église, à l’autel, il lissa les pages de son sermon – qui n’étaient pas froissées – son regard parcourut rapidement les lignes manuscrites avant de se figer sur son assemblée. Posté derrière l’ambon, il vit la provocation que venait de lui faire l’intruse du dimanche. Son visage n’exprima aucun sentiment bien qu’un désir de strangulation naissait en lui. Il aurait donné de nombreuses choses pour l’étrangler devant le rassemblement sans conséquence. Il avala sa salive silencieusement et s’exprima enfin.

- Je vois vos regards, j’entends vos paroles, mais ne craignez rien mes chers enfants. Cette femme que vous jugez dans l’assemblée de démente et de vile créature n’est autre qu’une nouvelle brebis égarée. Sa présence ici est nécessaire. Rappelez-vous de l’état de tourmente dans lequel vous étiez quand vous êtes venus me trouver. Il est temps pour nous de lui montrer la lumière du Seigneur afin de la remettre en droit chemin. Pour ce faire, levez-vous et louez avec moi la puissance de notre Dieu.

Disciplinées les brebis se levèrent, le troupeau suivait le berger comme un seul homme, aveuglement. Le pasteur fit un signe destiné au fond de l’église et Nedward Flanders son plus fidèle fidèle se mit à jouer de l’orgue. Les notes fuyaient des tuyaux pour accompagner les voix des choristes amateurs du dimanche. Le révérend écarta grand les bras pour happer l’attention de ses troupes et de sa voix de baryton il scanda les premiers vers sans un regard vers Diane, il devait d’abord bien entamer le chant avant de pouvoir lâcher ses ouailles du regard.

« Par amour des pécheurs
La lumière est venue,
Elle a changé les cœurs
De tous ceux qui l´ont reconnue.

Vous étiez dans la nuit,
Maintenant jubilez
Dieu vous donne la vie ,
Par amour il s´est incarné.

Exultez, rendez gloire,
Chantez que Dieu est bon,
Christ est notre victoire,
Il est notre résurrection. »

Les yeux bleus du père venaient de se poser sur la silhouette féminine qui n’était pas rangée à la bonne place, avec ses semblables, parmi les autres créatures faibles ; les femmes. Il la haïssait sans la connaitre, il savait qu’il ne pourrait pas réellement la mener à la raison. Il voulait qu’elle courbe l’échine devant lui mais le travail serait long, les efforts devront être nombreux et acharnés pour éviter qu’elle ne ploie morte.  Le jeune Flanders, l’un des enfants du cul-béni, avait pris l’immobilisme du regard du prêtre pour un appel à l’aide et avait donc jugé bon de se placer à côté de Diane pour lui offrir le partage de son missel pour qu’elle puisse suivre le texte. S’il n’avait pas tant de haine pour elle, Edgar se serait probablement permis un sourire pour le geste de bonté du jeune disciple.

« Que chacun reconnaisse :
Jésus est notre Roi.
Rejetons nos tristesses
Pour une éternité de joie.

Toi l´unique Seigneur,
Envoie l´Esprit d´amour.
Viens régner dans nos cœurs,
Nous voulons hâter ton retour. »

L’ecclésiastique referma ses bras et les reposa le long de son corps, le chant était terminé. Les disciples s’assirent, comme un seul homme, ils offraient à leur postérieur la froideur des bancs de bois. Edgar profita du temps que Flanders retourne à sa place – après avoir récupéré le plus jeune de ses fils- pour relire rapidement les premières lignes de son sermon.

- Vous l’aurez compris mes enfants cette messe sera quelque peu écourtée par de nombreux phénomènes qui n’étaient pas prévus, mais souhaités par notre Seigneur. Notre chant fut non seulement une ode à la puissance de notre Puissant, mais il fut également l’occasion de souhaiter la bienvenue à votre nouvelle consœur… Présente-toi à l’assemblée, nous t’écoutons et sommes tout ouïe.


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MessageSujet: Re: [Edgar & Diane][-16] Un démon ? C'est un ange émigré. [9 avril 1928]   Dim 2 Juil - 21:09



Edgar & Diane
Un démon ? C'est un ange émigré.



⚜ «...quand les jacinthes et les tubéreuses fumèrent, l’enveloppèrent d’un dernier soupir, si profond, qu’il couvrit le chœur des roses. Albine était morte dans le hoquet suprême des fleurs » ⚜



« Je vois vos regards, j’entends vos paroles, mais ne craignez rien mes chers enfants. Cette femme que vous jugez dans l’assemblée de démente et de vile créature n’est autre qu’une nouvelle brebis égarée. Sa présence ici est nécessaire. Rappelez-vous de l’état de tourmente dans lequel vous étiez quand vous êtes venus me trouver. Il est temps pour nous de lui montrer la lumière du Seigneur afin de la remettre en droit chemin. Pour ce faire, levez-vous et louez avec moi la puissance de notre Dieu. »

La sorcière couvrait le tribun d'un œil étrange. Une lueur animale faisait luire ses  iris trop pâles. Son corps tout entier semblait annihilé, avalé dans son ensemble par le discours évangélique du prêtre. Il s'en fallut de peu qu'elle ne manque d'air. Alors qu'il appelait ses ouailles à un peu de tolérance, la succube eut envie de lui cracher au visage. En la présentant comme une « brebis égarée », il minimisait sa dangerosité. Par un mépris sublime, le prêtre n'acceptait même pas de la reconnaître comme une ennemie de taille. De rage, sens ongles s'enfoncèrent lentement dans la paume de ses mains, déchirant l'épiderme doux qui s'était couvert de chair de poule. Elle imagina le prêtre crucifié à la place du Christ qui les surplombait et en ressentit une volupté qu'elle dissimula à grand peine, se mordant la lèvre. Une gouttelette de sang s'échappa de sa paume meurtrie pour venir se mêler au bordeaux de sa robe.

Lorsque les fidèles se levèrent pour chanter, sa haine atteignit son acmé. Une voix -qu'elle reconnut comme la sienne- lui chuchotait : « Avada Kedavra, Avada Kedavra, Avada Kedavra...  Tue les tous. Renvoie les brebis auprès de leur berger... ». La sorcière déglutit et observa la foule délirante de transe mélodique d'un œil hagard. Elle étouffait au milieu de ces chants liturgiques qui semblaient la consumer de l'intérieur. Elle intima un mouvement de fuite lorsqu'un jeune homme au visage angélique l'approcha pour lui tendre un livre de chants. Sa legilimancie, excitée et brouillée par l'état émotionnel critique dans lequel elle se trouvait, se jeta sur lui, avide. Pitié. Tolérance. Bonté. Et, dans l'obscurité de son âme de jeune catholique, cachée derrière ce paravent de vertus chrétiennes... La luxure. Voilà donc la motivation première de cet élan de générosité. La sorcière accusa cette découverte avec un mélange de satisfaction et de déception.

« Le vice contamine les agneaux de plus en plus tôt » vomit-elle en regardant le jeune croyant se laisser emporter par son père vers l'arrière.

Le chant s'était terminé avant sans qu'elle ne s'en rende compte. C'est un sentiment de manque qui lui fit lever le visage vers l'autel : effectivement, le regard terrible du prêtre ne la couvrait plus. Il s'en était retourné vers ses ouailles avec le dédain superbe d'un grand prince. C'était l'ultime outrage qu'il pouvait lui faire. Dieu ne reconnaissait même plus en elle une créature démoniaque de laquelle il fallait se préoccuper. Elle aurait aimé le combat. Elle aurait préféré le châtiment. Elle aurait tout accepté plutôt qu'une froide et implacable indifférence. Suffocante, elle rassemblait son étole et son missel pour sortir lorsque la voix douloureuse de l'ecclésiaste se fit à nouveau entendre :

« Vous l’aurez compris mes enfants cette messe sera quelque peu écourtée par de nombreux phénomènes qui n’étaient pas prévus, mais souhaités par notre Seigneur. Notre chant fut non seulement une ode à la puissance de notre Puissant, mais il fut également l’occasion de souhaiter la bienvenue à votre nouvelle consœur… Présente-toi à l’assemblée, nous t’écoutons et sommes tout ouïe. »

Diane, debout, le considéra longuement en silence. Ses yeux rendus brillants par un mélange dérangeant de reconnaissance et de haine se plantèrent dans ceux du prêtre. Le jeu reprenait. Après l'avoir répudiée, le guerrier de Dieu la ramenait à lui pour reprendre le combat. Elle lui offrit un sourire terrifiant et, plutôt que de parler de sa place, comme chacun s'y attendait, se dirigea vers l'autel.

Les murmures outrés de la foule accompagnèrent son cheminement jusqu'au Père. Elle baissa la tête dans une apparente humilité et chuchota, assez bas pour que le Père Edgar soit le seul à l'entendre :

« J'ai rarement connu plus grande jouissance que le spectacle d'agneaux souhaitant la bienvenue au Loup. Pour cela : merci. »

Elle releva les yeux vers lui sans se départir de son éternel sourire. Un traître instant, elle s'imagina lier ses lèvres aux siennes. Elle imagina le baiser douloureux et impie d'une sorcière et d'un inquisiteur. Une nouvelle vague de volupté secoua ses sens. Ses pupilles se dilatèrent sans qu'aucun autre trouble extérieur ne soit visible. Diane réussit à détacher son regard de celui du prêtre et se dirigea  vers le pupitre de l'autel. Tous les regards étaient tournés vers elle et cela l'emplit d'une joie égoïste irrépressible. Elle déposa le missel sur le pupitre. Le sang que sa main y avait laissé souilla dans une provocation euphorique le marbre de la maison de Dieu. Elle s'humecta les lèvres et toussota avant de prendre la parole.

« Mes très chers frères, mes très chères sœurs, la céleste beauté de votre chant de bienvenue a su émouvoir un cœur qui depuis trop longtemps s'était caché du regard du Puissant. Je me nomme Erato et suis fille de France, comme mon accent vous l'a certainement déjà appris. Je suis née dans ce beau pays que l'on nomme la fille aînée de l'Eglise. Je dois ma descente dans les ténèbres au choc éprouvé lors de mon arrivée en ces terres désolées d'Amérique. J'ai beaucoup péché. »

Elle laissa cette dernière phrase résonner dans l'immensité minérale de l'église avant de reprendre dans un souvenir pervers :

« Cependant, la chaleur de votre foi rayonne jusqu'à moi et me rend particulièrement rude envers ces fautes hérétiques. Avec vous, pour vous, je ressens le besoin de faire du Christ mon idéal et de ces lieux ma maison. Puisque vous m'avez accueillie avec tant de ferveur, je saurai vous rendre cet honneur. Au centuple. »

La foule des fidèles approuvait d'un mouvement monolithique de la tête. Triomphante, Diane exulta. Le loup venait de se glisser dans la bergerie et, en plus, d'en faire sa demeure. Pire que tout : c'était une louve.

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MessageSujet: Re: [Edgar & Diane][-16] Un démon ? C'est un ange émigré. [9 avril 1928]   Ven 7 Juil - 17:19

Edgar
&
Diane

Un démon ? C'est un ange émigré.



Les yeux de la jeune femme pétillaient d’excitation. La possibilité de provocation que le prêtre venait de lui offrir en lui demandant de se présenter devant l’assemblée était une véritable offrande. Bien entendu, acceptée. Sans la moindre équivoque, elle s’était levée, elle traversa d’un pas assuré le lieu solennel en adressant au Père un sourire carnassier, et se posta à ses côtés. Les agneaux habitués de Saint Tobias savaient pertinemment que personne n’était autorisé à franchir les marches de son autel, ils se tournaient, interrogeaient du regard, le silence était lourd, aucun murmure, tous attendaient.

« J'ai rarement connu plus grande jouissance que le spectacle d'agneaux souhaitant la bienvenue au Loup. Pour cela : merci. »


La voix suave avait murmuré dans le creux de son oreille un ultime aveu, une confession piquante, un blasphème qui le fit frémir, il sentit la pilosité de ses bras se hérisser, sa verge se raidir légèrement. La colère aurait pu à ce moment se transformer en fureur, mais il savait, il s’en doutait. Il se rendit compte que le jeu venait de commencer de manière officielle. Il avait ordonné les présentations dans ce but, et, il aurait été déçu qu’elle ne s’y engage pas.

Les pupilles de la nouvelle brebis se dilatèrent sans raison lors de leur bataille de regard. Edgar haussa un sourcil, ce qui mit fin à leur querelle invisible depuis les bancs des fidèles. La femme sembla enfin se résigner à sa véritable place et détourna le regard pour faire face à face au pupitre. Elle prit rapidement ses aises, s’humecta les lèvres, toussota et prit la parole.

« Mes très chers frères, mes très chères sœurs, la céleste beauté de votre chant de bienvenue a su émouvoir un cœur qui depuis trop longtemps s'était caché du regard du Puissant. Je me nomme Erato et suis fille de France, comme mon accent vous l'a certainement déjà appris. »

Père Edgar du reporter son attention sur de nombreuses choses pour éviter de se trouver en bien mauvaise posture dans son église emplie. Effectivement, le bout de langue rose qui avait fait une brève apparition, un iota de temps de trop, sur la bouche fine de l’exquise créature qui se tenait à ses côtés avait quelque peu éveillé ses sens. Erato, le surnom résonnait à son tympan comme si elle le murmurait de sa voix douce. Il fallait s’ôter de vilaines pensées de son esprit avant le début de son érection soit visible aux yeux de tous. Pendant la tirade de madame il occulta discrètement le missel du pupitre où elle l’avait posé, et le glissa dans la poche de sa soutane.  

« Je suis née dans ce beau pays que l'on nomme la fille aînée de l'Eglise. Je dois ma descente dans les ténèbres au choc éprouvé lors de mon arrivée en ces terres désolées d'Amérique. J'ai beaucoup péché. »


Un détail l’interpella alors, cette trace de sang frais exposée sur le marbre de son ambon. C’était au tour de ses pupilles de se dilater. L’appel était fort. Il inspecta la vile créature sous toutes les coutures. Son habit semblait être irréprochable, pourtant un petit rond semblait être plus foncé sur le tissu, comme si une larme s’était faite absorbée par l’épaisse étoffe, une larme de sang de toute évidence. Ne lui restait plus qu’à en trouver la source. Il contrôla immédiatement les mains, à raison.
L’épiderme du côté gauche était déchiré, griffé, l’azur de ses yeux glissa jusqu’aux bout de ses doigts fins, les cuticules étaient impeccables, en revanche, l’ongle était comme brillant, rougis par le sang probablement lié à un agacement certain. Il aurait voulu sourire, il avait marqué un point.  

« Cependant, la chaleur de votre foi rayonne jusqu'à moi et me rend particulièrement rude envers ces fautes hérétiques. Avec vous, pour vous, je ressens le besoin de faire du Christ mon idéal et de ces lieux ma maison. Puisque vous m'avez accueillie avec tant de ferveur, je saurai vous rendre cet honneur. Au centuple. »


Le discours d’Erato était terminé, le point final avait était déposé, rendant au lieu sa quiétude habituelle. Edgar pris la décision de troubler le silence en applaudissant d’un air détaché, en prenant garde d’espacer longuement chaque frappe, le choc des paumes rendait un bruit sec qui résonnait de l’autel à la nef de l’église. Dans ses mouvements rythmés, l’un de ses revers fit tomber l’un des chandeliers se dressant communément sur le pupitre. Feignant l’accident il se baissa pour le ramasser, étant ainsi dissimulé de la foule par l’ameublement. Il plongea son regard dans les abysses d’Erato, lui saisit la main, la serra fortement jusqu’à ce que leurs jointures devinrent blanches, sous la pression, la blessure de la sorcière cracha quelques larmes d’hémoglobine. Le Père Edgar inclina la tête, relâchant alors le regard de la femme qu’il avait soutenu jusqu’alors, posa ses lèvres sur la peau froide mais pourtant douce de la brebis, glissa sa langue habile sur la plaie ouverte et absorba entre ses dents les quelques gouttes de sang. Un gémissement quasiment inaudible émergea de son être. Il ramassa le chandelier, le remit à sa place, fit un geste pur indiquer à la jeune femme de retourner parmi les fidèles et prit la parole.

« Divers peuvent être les motifs et les excuses de ta descente aux ténèbres, une seule chose peut te ramener sur la rive de la lumière, la foi. Je suis là pour te guider, au centuple de tes péchés commis. Rejoins toutes les semaines les bancs de notre église Saint Tobias et souviens toi de ses principes « PRAY, PENANCE & PAIN. » Mes frères et mes sœurs, je vous prie d’accueillir à vos côtés notre nouvelle brebis, Erato !  »

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MessageSujet: Re: [Edgar & Diane][-16] Un démon ? C'est un ange émigré. [9 avril 1928]   Ven 7 Juil - 19:40



Edgar & Diane
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⚜ «...quand les jacinthes et les tubéreuses fumèrent, l’enveloppèrent d’un dernier soupir, si profond, qu’il couvrit le chœur des roses. Albine était morte dans le hoquet suprême des fleurs » ⚜



Le cynisme froid du prêtre lui sauta au visage lorsqu'il se mit à applaudir. Elle s'était détournée des ouailles pour le fixer sans détours. Cet applaudissement n'avait rien d'une félicitation. Cet applaudissement était une invitation. Une invitation au jeu cruel de la provocation. Les fidèles, en bons ruminants effrayés par le courroux de Dieu, imitèrent leur ecclésiaste.  Les applaudissements envahirent l'église dans une résonance d'échos presque effrayante. Ils se muèrent peu à peu en un bourdonnement hypnotique que rompit le choc du candélabre sur le sol. Diane sursauta et fut frappée en plein ventre d'une émotion qui n'était pas la sienne. Elle déglutit et observa cette fois-ci le prêtre avec une appréhension certaine. Quelque chose la gênait dans la réaction du prêtre. Il aurait dû être offusqué, elle aurait dû sentir sa colère et s'en délecter. Au contraire, il émanait de lui un fort sentiment de fascination mêlé de délectation. Elle avait cru remporter la manche, mais l'homme de foi avait un coup d'avance.

Lorsqu'il se pencha pour ramasser le chandelier, il la frôla dans un mouvement subtil qu'aucun fidèle n'aurait pu comprendre. Elle avait ouvert les lèvres pour le railler publiquement lorsqu'une douleur cuisante envahit sa main déjà meurtrie. Sa phrase avorta en un hoquet de surprise muet. Le regard fixe, se refusant à croiser celui de son tortionnaire, elle déglutit. Une larme de douleur vint mourir sur son corsage. Elle souffla, pour ne pas paraître suspecte aux yeux des ouailles :

« Vos applaudissements m'émeuvent, mes frères. Je ne mérite pas pareil accueil. »

Le contact de la bouche du prêtre sur son épiderme meurtri lui souleva l'estomac. Elle manquait d'air. L'air que leur rencontre avait considérablement refroidi s'échauffa sur l'autel au point d'en devenir difficilement supportable. Elle entendit un gémissement impie s'élever des lèvres de l'homme de foi et lutta encore contre l'envie malsaine de le regarder. Il se redressa rapidement et elle aurait juré devant Dieu avoir reconnu sur l'apparente indifférence de ses lèvres trop fines les prémisses d'un sourire victorieux. Il replaça dans un souci maniaque le chandelier sur l'autel. L'hérétique succube détourna le regard. Au dessus, le Christ les surplombait de sa croix de martyr. Honteuse, elle baissa les yeux. Sans un mot, le prêtre lui indiqua les bancs des fidèles. Domptée temporairement par les émotions terribles qui l'habitaient, Diane descendit docilement les marches de l'estrade pour rejoindre le côté qu'elle avait refusé quelques minutes plutôt : celui des femmes.
Ses sœurs l'accueillirent avec le soulagement des âmes faibles que l'on endort dans la normalité. Diane les ignora, trop occupée à observer le maître des lieux. Un sentiment l'avait frappée, lorsqu'ils partageaient l'estrade. Elle avait eu l'impression de déjà connaître cet homme.  De l'avoir déjà vu. D'avoir déjà senti sa menace. Il prit la parole :

« Divers peuvent être les motifs et les excuses de ta descente aux ténèbres, une seule chose peut te ramener sur la rive de la lumière, la foi. Je suis là pour te guider, au centuple de tes péchés commis. Rejoins toutes les semaines les bancs de notre église Saint Tobias et souviens toi de ses principes « PRAY, PENANCE & PAIN. » Mes frères et mes sœurs, je vous prie d’accueillir à vos côtés notre nouvelle brebis, Erato ! »

Alors, elle sut. Ce n'était pas à son passé qu'appartenait cet homme terrifiant. C'était à celui de sa sœur du vent : Helen. C'était entre les souvenirs éruptifs et douloureux de son ami qu'elle l'avait rencontré.

« Edgar... » murmura-t-elle.

Le monstre dont elle avait tant entendu parler ; celui qui couvrait de perles de sueur le front de son amie lors de cauchemars terribles étaient face  à elle. Elle eut en mémoire les toiles sombres qu'Helen peignait après ses cauchemars et l'identité du prêtre lui parut plus évidente encore. Elle faillit vaciller. La honte l'avait quittée tout à fait. Elle l'observait désormais avec un intérêt toute autre. Cette épiphanie inattendue lui avait redonné le goût du jeu. Un nouveau sourire carnassier rosit ses lèvres pâles.

Elle attendit patiemment que l'église se vide de ses crânes vides et se leva lentement. Elle saisit sur un pupitre les horaires de confession et les glissa dans les pans de sa robe. Le silence qui avait envahi le lieu sain devint rapidement pesant. Les deux âmes en peine se toisaient sans un mot. Ce fut Diane qui rompit l'ambiance mutique et sépulcral des lieux par ces quelques mots à la fin desquels elle s’éclipsa sans un bruit :

« Merci pour ce somptueux accueil, mon père. Vous devez être un évangéliste remarquable... Vous donneriez envie à une succube d'assister à l'office tous les jours de la semaine. Vos méthodes sont stupéfiantes de modernité. Nous nous reverrons très vite... Edgar. »

Elle le laissa sur le trouble de connaître son nom sans qu'il le lui ait donné et se laissa guider par ses pas vers ce qui s'était imposé comme une nécessité vitale : prévenir Helen que son frère était à sa recherche.
⇜ code by bat'phanie ⇝

_________________
erato

Ne vous tournez point vers ceux qui évoquent les esprits, ni vers les devins; ne les recherchez point, de peur de vous souiller avec eux. Je suis l'Eternel, votre Dieu. Si quelqu'un s'adresse aux morts et aux esprits, pour se prostituer après eux, je tournerai ma face contre cet homme, je le retrancherai du milieu de son peuple.

Lévitique 19 ; 31.
LILACSKY.
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[Edgar & Diane][-16] Un démon ? C'est un ange émigré. [9 avril 1928]
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