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 [Daisy & Diane] Chants et prédictions macabres à la Lanterne Rouge.[15 Mars 1928]

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Diane Delacour
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MessageSujet: [Daisy & Diane] Chants et prédictions macabres à la Lanterne Rouge.[15 Mars 1928]   Ven 7 Avr - 22:24

Daisy
&
Diane

Chants et prédictions macabres à la Lanterne Rouge

L'horloge comtoise sonna six heures. Sur le sofa en cuir de dragon vieilli, deux des sept chats qui habitaient les lieux relevèrent la tête. Entremêlés l'un à l'autre contre l'accoudoir, ils semblaient ne former qu'une seule et même créature bicéphale et velue. Chopin et Debussy s'étirèrent à se détacher presque et cherchèrent de leur grands yeux jaunes la silhouette furtive de Schubert. C'était toujours lui qui allait s'assurer que Madame était bientôt prête pour partir. Le chat noir et svelte sauta de l'imposante bibliothèque et prit effectivement le chemin de la chambre à coucher. Rassurés, ses deux plus jeunes compères se rendormirent, tête contre tête. Se repérant sans difficulté dans l'obscurité du vieil appartement, le chat entreprit sa ronde habituelle. Il évita subtilement le piano ou somnolait en ronflant le vieil Amadeus, peu scrupuleux de la masse de poils gris qu'il laisserait au passage sur le velours bordeaux du tabouret. La porte de la chambre était fermée ce qui, pour tout autre chat que Schubert, se serait révélé être un obstacle non négligeable. Le félin prit appui sur ses pattes arrière, balançant sa queue à l’extrémité tordue de concentration, il s'élança et reposa de tout son poids sur la poignée qui s'abaissa. A peine la porte ouverte, la voix de Madame, agacée et amusée, se fit entendre :

- Schubert, combien de fois vous ai-je déjà dit que l'intimité, si elle n'est pas une valeur féline, en est une humaine très importante ?

Schubert se frotta contre le chambranle de la porte en ronronnant d'excuse. Madame ne broncha pas : il pouvait entrer. De dos, assise à sa coiffeuse, elle enfilait de lourdes boucles d'oreilles. Assis à sa droite, mendiant une caresse du regard l'énorme et gras Prokofiev semblait hypnotisé. Il ne savait pas s'y prendre avec Madame, songea Schubert. Elle n'était pas humaine à se laisser attendrir par un double-menton. Les longs doigts fins de Madame réajustèrent quelque peu sa coiffure. Tous l'avaient évité durant la matinée. En dormant dans l'armoire Mendelssohn avait recouvert d'une épaisse couche de poils roux sa cape noire. Le crime n'avait été découvert qu'aux alentours de quinze heures et trois heures étaient bien le stricte minimum pour tempérer une colère due à un forfait aussi immonde. Le coupable restait donc prostré contre la croisée d'une fenêtre, couvrant d'un regard mélancolique la rue, ignoré de tous, pendant que Bach observait d'un œil qu'il pensait menaçant les pigeons du voisinage.

- Je ne rentrerai pas avant une heure, cette nuit. La soirée se déroule dans un petit cabaret haut-de-gamme no-maj', la...

Madame sembla chercher dans sa mémoire. Schubert en profita pour sauter sur la coiffeuse et renvoyer le pauvre Prokofiev au sol d'un coup de griffe que sa masse adipeuse ne put éviter. Le miaulement ridiculement aigu du perdant fit sortir Madame de sa rêverie.

- Cessez donc de vous battre, Schubert, je vous prie. La lanterne rouge, voilà ! Une jeune chanteuse se produira  avant moi, on dit qu'elle est fantastique. Non très cher, vous ne pouvez pas venir, ajouta-t-elle à l'adresse de Schubert qui  tirait dans sa gueule un ruban de soie rouge qu'il aurait voulu enfiler.

Elle se leva, le gratifiant d'une caresse délicate sur le sommet du crâne.

- Mais je suis d'accord, cette couleur vous va à ravir.

Après avoir vérifié que Mendelssohn ne se morfondait pas trop, qu'Amadeus dormait paisiblement, que Bach n'était pas trop la risée des pigeons du quartier, que Debussy et Chopin restaient toujours liés tels Charybde et Scylla, que Prokofiev se remettait bien de l'humiliation en mangeant et que Schubert avait repris sa place au sommet de la bibliothèque, Madame les salua avec douceur et partit.

Quelques secondes plus tard, elle atterrit à une station de métro du cabaret. Elle s'y rendit à pieds et y pénétra par l'entrée des artistes. Elle rejoignit cependant la salle pour assister à la représentation de cette jeune chanteuse dont on disait tant de bonnes choses.
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Ne vous tournez point vers ceux qui évoquent les esprits, ni vers les devins; ne les recherchez point, de peur de vous souiller avec eux. Je suis l'Eternel, votre Dieu. Si quelqu'un s'adresse aux morts et aux esprits, pour se prostituer après eux, je tournerai ma face contre cet homme, je le retrancherai du milieu de son peuple.

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Daisy Gloom
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MessageSujet: Re: [Daisy & Diane] Chants et prédictions macabres à la Lanterne Rouge.[15 Mars 1928]   Dim 9 Avr - 15:13

L'univers des No-Maj' était fascinant. Si Daisy en connaissait quelques rudiments grâce à ses voisins, elle avait pourtant gardé le nombre de contacts avec ceux-ci au strict minimum par respect de la loi Rappaport. Les murs de la loge dans laquelle elle se trouvait étaient recouverts de photographies et d'affiches vantant les meilleures productions de la Lanterne Rouge, et, fait qu'elle ne cessait de trouver étonnant, les silhouettes et visages représentés demeuraient immobiles. Assise face au miroir de la loge, la jeune femme en savoura avec reconnaissance l'aphasie, loin de regretter les quelques "Ma chère, tu as une mine épouvantable. Offre moi un sourire, mais attention aux rides !" des miroirs parlants. Après avoir avidement observé ce nouvel univers et après avoir vérifié une dernière fois que sa chevelure était impeccablement blonde et bouclée, que le bleu de ses yeux était suffisamment mis en valeur par sa robe légère et après s'être adressée un sourire d'encouragement, elle sortit de la loge. Les jeunes femmes qui l'avaient accueillie n'avaient cessé d'échanger des paroles murmurées d'un ton passionné sur la venue d'une voyante particulièrement douée et intrigante. Curieuse face à une personnalité qui provoquait tant d'engouement, Daisy n'avait toutefois pas le temps d'attendre qu'elle arrive, et se hâta d'entrer en scène.

Elle avait appréhendé cette soirée. Si les sorciers étaient un public moyennement exigeant une fois intoxiqués à l'eau glouglousse, elle ne connaissait pas assez les No-Maj' pour suffisamment se préparer à les affronter. Avant tout, elle allait devoir les charmer, certes, mais avec certaines limites. Ses gênes vélanes affectaient d'autant plus les non-sorciers et ceux-ci pouvaient s'avérer très -trop- inventifs pour tenter de s'attirer ses faveurs. Elle se souvenait de cette fois où un passant l'avait abordée en affirmant avoir posé les pieds sur la Lune. Fort heureusement pour elle, les brimades des passants alentours l'avaient dispensée de formuler une réponse et elle avait profité d'un mouvement de foule pour s'éclipser en beauté. Un léger sourire en coin étira ses lèvres en repensant à ce moment. Elle prit une inspiration, et s'engagea sur la scène, les yeux pétillants d'excitation et le corps tremblant de cette appréhension nerveuse qui frappe chaque artiste.

Elle s'était longuement préparée pour la performance de ce soir-là. Le problème central avait été le choix des chansons. Elle ne pouvait décemment pas reprendre ses airs habituels, imaginant fort bien la stupeur des No-Maj' face à une chanson relatant les folles aventures d'une goule et d'un gobelin. Fort heureusement, Daisy avait pu compter sur l'aide involontaire de ses voisines d'ordinaire si agaçantes par leur manque de discrétion. Les quelques soirs précédant sa représentation, elle avait attentivement écouté les airs tout droit sortis d'un gramophone autrefois entreposé dans un quelconque grenier poussiéreux ou récupéré chez un antiquaire que sa vieille voisine écoutait chaque soir. Adossée au mur de sa chambre, la jeune femme avait pu compter sur son oreille quasi absolue pour retenir les notes et nuances de quelques airs qui semblaient particulièrement populaires chez les No-Maj'. Ou du moins, qui semblaient particulièrement émouvoir sa chère voisine.

C'est ainsi qu'elle ouvrit la soirée avec une reprise sensuelle de Let's do it, sa voix prenant les intonations charmeuses qu'elle utilisait naturellement en chantant. Ses sourires et regards les plus appuyés se dirigeaient tour à tour sur chaque occupant de la salle, s'assurant de l'effet qu'elle produisait. Dans ces moments là, rien n'existait d'autre que la musique, les regards dirigés vers elle et cette voix qu'elle travaillait sans cesse, sans laquelle elle ne connaîtrait pas ces quelques instants de sérénité où elle s'abandonnait au chant et à cette ambiance électrique des cabarets. Elle esquissa un sourire aux applaudissements emballés qui survinrent lors de ses derniers "Let's do it / We'll do it / Let's do it / Let's fall in love" pendant lesquels sa voix baissa d'une octave, prenant des intonations plus riches. Ces paroles semblaient avoir emballé ces messieurs, c'est pourquoi elle enchaîna presque aussitôt sur une nouvelle chanson qu'elle entama d'un ton léger et mutin, en accord avec le titre I want to be bad.

To be or not to be -  
That is not the question!  
I decided long ago to be !  
With me, it's what to be,  
Now, make me some suggestions,  
Good or bad,  
Which is the best for me ?


Emporté par la musique, son corps accompagna les paroles suivantes, et elle ne manqua pas d'adresser quelques clins d'oeil à ceux qui lui semblaient les plus attentifs, s'assurant une certaine fidélité pour les soirées suivantes. Arthur attendait beaucoup de ces performances en milieu No-Maj', et il ne serait pas bon de le décevoir. Sa performance touchait bientôt à sa fin, c'est pourquoi dès la fin de cette chanson, elle laissa s'évanouir les applaudissements et entonna une dernière mélodie d'un ton bien plus mélancolique, d'une voix qui respirait à la fois l'espoir et l'abandon, la tristesse et l'émerveillement.

Stars shining bright above you
Night breezes seem to whisper "I love you"
Birds singing in the sycamore trees
Dream a little dream of me
Say nighty-night and kiss me
Just hold me tight and tell me you'll miss me
While I'm alone and blue as can be
Dream a little dream of me
Stars fading but I linger on dear
Still craving your kiss
I'm longing to linger till dawn dear
Just saying this
Sweet dreams till sunbeams find you
Sweet dreams that leave all worries behind you
But in your dreams whatever they be
Dream a little dream of me
Stars fading but I linger on dear
Still craving your kiss
I'm longing to linger till dawn dear
Just saying this
Sweet dreams, till sunbeams find you
Gotta keep dreaming leave all worries behind you
But in your dreams whatever they be
You gotta make me a promise, promise to me
You'll dream, dream a little of me
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Diane Delacour
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MessageSujet: Re: [Daisy & Diane] Chants et prédictions macabres à la Lanterne Rouge.[15 Mars 1928]   Lun 17 Avr - 0:26

Daisy
&
Diane

Chants et prédictions macabres à la Lanterne Rouge

Diane prit doucement place à côté d'un homme seul. Elle apprit sans le vouloir, par l'échappée d'une émotion trop forte, qu'il avait découvert son épouse au lit avec son meilleur ami dans l'après-midi. Elle eut pour lui un regard de compassion sincère et une plus grande tolérance pour son état d'alcoolémie avancé. Il tenta d'engager -à son grand désespoir- une conversation qu'elle tua dans l'oeuf par son habituel :

- Sowrry. No undeurstande. French.

Le pauvre cornu haussa les épaules et se concentra sur la scène en accompagnant sa solitude d'une solide descente de vodka artisanale. Diane fronça les sourcils et perçut de l'agitation derrière les lourds rideaux de la scène. Cela allait commencer. Ils s'ouvrirent sur l'orchestre qui salua le public de quelques notes entraînantes. Ce fut comme une apparition. Diane ne réagit pas de suite. Elle fut d'abord frappée par la blondeur opaline de sa chevelure. Puis par la pâleur pure de sa peau. Ensuite par la tristesse profonde de ses grands yeux bleus. Le souffle de Diane se coupa et elle comprit.

- Une vélane, souffla-t-elle.
- Qu'avez-vous dit ? Demanda son voisin entre deux gorgées.
- French wordeuh. No undeurstande. Sowrry.

La nouvelle coqueluche du New-York no-maj' était une vélane et donc une sorcière. Cela aurait, bien sûr, dû l'agacer. Elle aurait dû avoir de l'acrimonie contre cette jolie mage talentueuse qui exerçait une percée réussie dans le milieu qu'elle pensait tenir comme monopole. Et pourtant, elle ne ressentait pour elle qu'une très profonde compassion. « Déformation legilimens » pensa-t-elle avec lassitude. Sans qu'elle n'accède à aucun des souvenirs de la jeune femme avec précision, Diane avait de par son don des facultés d'empathie élevées qui lui rendaient souvent la souffrant d'autrui difficiles à vivre. Elle mettait souvent ce phénomène sur le compte d'une compassion chrétienne héritée de sa lecture de la Bible, mais cela ne trompait qu'elle-même. Elle assista à la représentation de la jeune vélane en silence, se perdant dans la complexité douloureuse de sa mélancolie ; se nourrissant dans un élan malsain de la préciosité subtile de sa douleur. Lorsque sa voix s'éteignit, Diane fut la première à se lever pour l'applaudir à s'en rompre les doigts.  Elle s’éclipsa, peut intéressée par les autres chanteuses censées se présenter et se dirigea vers sa loge. Un homme, mal rasé, la quarantaine, un fort accent irlandais, semblait garder la porte de sa loge. Il avait l'oeil mauvais et intelligent, ce qui expliquait en partie la tristesse de la jeune vélane. Diane lui offrit ses boucles d'oreilles hors de prix pour pouvoir s'entretenir avec la chanteuse, chose qu'il accepta sans rechigner. Elle frappa donc et entra.
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Daisy Gloom
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MessageSujet: Re: [Daisy & Diane] Chants et prédictions macabres à la Lanterne Rouge.[15 Mars 1928]   Mar 18 Avr - 22:39

Les applaudissements étaient toujours une consolation pour cette âme lasse que devenait la jeune blonde. Ils apaisaient son cœur, lui donnaient un but à atteindre chaque soir où elle se présentait au public, et l'emplissaient d'une joie probablement narcissique, de la satisfaction d'avoir su envoûter quelques esprits de par sa seule voix. Dans une existence aussi monotone, l'on se contentait de ces doux et amers plaisirs qui ne duraient jamais bien longtemps, mais dont l'on pouvait se rappeler lors des jours pluvieux. A la fin de sa représentation, ses yeux clairs se posèrent d'eux-mêmes sur la première figure à se lever, avec un étonnement qu'elle parvint à dissimuler dans un sourire de convenance. L'éclairage centré sur sa personne l'empêchait de distinguer clairement les traits de la femme, pourtant elle ne délaissa sa contemplation qu'au bout de quelques secondes. Il était rare que la gente féminine applaudisse ainsi ses performances, préférant se renfermer dans une jalousie de mauvaise foi et qui avaient bien plus à voir avec leurs problèmes conjugaux qu'avec son succès auprès de ces messieurs. Le changement était agréable, et elle fut intérieurement reconnaissante à cette spectatrice pour son enthousiasme.

Un sourire flatté se dessina sur ses lèvres, juste avant qu'elle ne quitte la scène pour s'éclipser dans la loge. La voix de la chanteuse suivante s'élevait dans la pièce, et elle en apprécia les quelques notes, profondément bienveillante vis-à-vis de ses compères. Avant de ne succomber à une certaine rêverie également due à son éreintement, elle entama son rituel d'après-performance, à savoir le démaquillage de tout ce superflu dont elle se serait bien passée.

Sous la surveillance de son amant, probablement plus patron ce soir-là, les visiteurs se faisaient plutôt rares. C'est pourquoi elle fut d'abord surprise qu'Arthur se donne la peine de frapper, loin de s'attendre à recevoir quelconque visite, mais s'aperçut bien vite du ridicule de cette surprise. Bien sûr, lui ne frapperait pas. Daisy se leva à l'entrée de la femme dans la loge, observant celle-ci avec des yeux interrogateurs, une lueur s'y allumant en la reconnaissant. La femme qu'elle avait aperçue plus tôt et qui lui avait réservé un tel accueil. Elle ne saurait probablement jamais combien cela l'avait touchée.

A nouveau, un sourire se dessina sur les lèvres de la jeune femme, bien que légèrement gêné. Elle était si peu habituée à une autre présence humaine que celle de son amant et patron, qu'elle ne se souvenait plus même de la saveur d'un échange entre deux individus. Ainsi la simple perspective de passer du temps en une autre compagnie, qui plus est une femme, la réjouissait au plus haut point, bien qu'elle ne parvienne pas à se défaire de sa curiosité candide. Que venait faire cette demoiselle à l'allure si noble et impressionnante, à la rencontre de cette jeune femme quelconque, dont seul le chant lui insufflait un certain feu intérieur ?

Avec une pureté qu'elle avait réussi à conserver malgré ses multiples désillusions, elle plongea ses yeux clairs dans ceux, troublants, de la nouvelle venue. Réalisant qu'elle était restée comme hypnotisée par l'entrée de la femme, et qu'elle s'était innocemment permise de l'observer longuement d'une manière certainement fort impolie, elle détourna rapidement le regard.

- Madame, salua t-elle d'un timide mais gracieux mouvement de tête. Puis-je vous aider ?

Elle posa deux doigts sur la surface polie de la coiffeuse et initia à nouveau le contact visuel, continuant de s'interroger. Si l'inconnue s'était donnée la peine de venir jusqu'ici, et ce sans peine, il s'agissait peut-être de l'une des autres femmes qui travaillaient en ces lieux. Peut-être même de cette voyante, dont elle avait tant entendu parler, et qui expliquerait cet air de mystère qu'elle semblait revêtir, alors même qu'elle venait tout juste de faire son entrée.
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Diane Delacour
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MessageSujet: Re: [Daisy & Diane] Chants et prédictions macabres à la Lanterne Rouge.[15 Mars 1928]   Jeu 20 Avr - 19:11

Daisy
&
Diane

Chants et prédictions macabres à la Lanterne Rouge

Elle referma la porte derrière elle dans un claquement sec. La fenêtre de la loge était ouverte sur la rue. Comme un rideau tombe, la lune disparut derrière un nuage et soudain tout fut plongé dans l'obscurité. Sa main agile appuya sur l'interrupteur. Une lumière plus artificielle éclaira la beauté sans pareille de Daisy. Plus aucun doute n'était permis, il s'agissait bien d'une vélane. A peine entrée dans sa loge, la sorcière laissa ses orbes claires parcourir la jeune chanteuse blonde. Elles se ravirent aussitôt de la naïveté de son regard et de la roseur de ses joues. Même la façon dont lui allait sa robe avait quelque chose de frais et de doux. Malgré cette apparente candeur, une lueur dans la profondeur de son regard semblait indiquer un passé ombrageux, une âme défaite. Un sourire sybillin étira les lèvres carminées de la voyante.

Madame, Puis-je vous aider ? 


La timidité même de sa voix avait quelque chose de charmant, quelque chose d'à la fois nubile et buccolique qui rappela à Diane ses lectures adolescentes. Elle se rapprocha sans répondre tout de suite et déposa une main pâle sur la joue de Daisy. Une foule d'émotions contradictoires lui polluaient la vue. L'appréhension, la flatterie, l'envie libidineuse -non, ça c'était le poivrot qui faisait le garde devant la porte-, la timidité, aussi. Elle murmura, de son fort accent français :

- Voici un jeune talent qui n'a pas pour habitude de recevoir des admirateurs.

Son sourire se teinta d'un soupçon de moquerie douce qui n'avait rien d'offensant. Elle retira sa main de sa joue et la lui tendit en signe de salutation :

- On me connaît dans ce monde sous le nom d'Erato. Comme vous, je me sers d'attributs magiques pour épater la galerie non initiée des non-maj' et gagner ma vie. Vous grâce à votre sang vélane, moi... Peu importe, focalisons-nous sur la véritable étoile de cette soirée : vous. La salle ne se permettait de respirer que lorsque vous marquiez un silence, ma chère. Félicitations.

Diane se délecta des expressions de son interlocutrice. Elle avait volontairement mise en lumière de manière brutale leur appartenance magique mutuelle pour savourer l'échappée d'une émotion forte. Si elle ne la brusquait pas un peu, il lui serait impossible d'accéder à une manifestation succincte de son esprit. Dans un jeu dangereux et vicieux, Diane ne pouvait s'empêcher de chercher à lire les émotions des êtres qui l'intriguaient alors que cette même quête de voyeurisme l'avait condamnée, par dégoût des autres, à une solitude éternelle. Or, la jolie chanteuse l'intriguait et plus encore la mélancolie sourde qui émanait d'elle.

- La nouvelle égérie de ces messieurs a-t-elle un prénom ?
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MessageSujet: Re: [Daisy & Diane] Chants et prédictions macabres à la Lanterne Rouge.[15 Mars 1928]   Jeu 20 Avr - 21:44

Cet échange relevait décidément d'un véritable mystère pour Daisy. Le contact inattendu d'une main fraiche et féminine sur sa joue lui fit l'effet d'une décharge électrique. Peu habituée à un geste si peu emprunt de malice, si proche de la tendresse qu'elle recherchait désespérement, elle recula discrètement sans pour autant rompre le contact. Les interrogations fusaient dans son esprit, si bien qu'elle ne parvenait qu'avec peine à les déchiffrer correctement. Elle n'était pas même sûre de connaître les mots qui lui auraient permis d'organiser et exprimer ses doutes et questionnements.

- Voici un jeune talent qui n'a pas pour habitude de recevoir des admirateurs.

La phrase la fit sourire tant elle sonnait juste, et elle ne songea même pas à en réfuter les paroles ou bien même à s'en formaliser. Elle baissa les yeux sur cette main offerte, qu'elle saisit en réponse à cette salutation. La suite, en revanche, instilla un vent de panique chez la jeune femme. Elle demeura interdie face à ces brusques révélations, le teint probablement livide. Ce qu'elle avait redouté se produisait dès le commencement de ce séjour chez les Non-Maj', être reconnue comme appartenant à la communauté magique.

Son premier réflexe fut de nier les faits et jouer la confuse, mais elle comprit rapidement que cette option n'était pas même envisageable. Il s'agissait donc d'une compère sorcière ? Voilà qui ne faisait qu'ajouter du mystère quant à la présence de la femme ici, face à elle. La chanteuse aurait volontiers pensé à une forme de menace, si ce n'était pour le manque d'agressivité de son interlocutrice. Car de toute évidence habituée de ces soirées, elle ne semblait pourtant pas s'indigner de la perte de ce monopole qu'était l'univers des non-sorciers. Erato... Quelle appellation appropriée pour cette intriguante personne.

Mais comment avait-elle su, aussi rapidement ? La sensation de ces yeux clairs et inquisiteurs, qui semblaient vouloir percer jusqu'au plus profond de son âme lui rappelèrent une rencontre qu'elle avait refoulé dans un coin de son esprit. Elle n'avait connu cela qu'une seule fois, en croisant dans les escaliers d'Ilvermorny le regard d'une élève plus âgée, blonde également. Une élève qui, chuchotait-on dans les dortoirs, savait avec une justesse impressionnante tous les petites histoires amoureuses de l'école. Une lueur de compréhension s'alluma dans les yeux de Daisy. Elle avait en face d'elle une legilimens.

Si en façade seuls ses yeux écarquillés et sa bouche entrouverte, comme prête à répliquer, laissèrent transparaître son choc, au plus profond de son être avait lieu un véritable bouleversement. Toute sa détresse se manifesta intérieurement, et elle jeta un regard appréhensif bien que furtif vers la porte, gardée par son amant. Si elle se mentait autant à elle-même qu'à sa plus proche amie, Jane, ce n'était pas pour qu'une inconnue obtienne un aperçu du désastre qu'était devenu sa vie à cause de ses piètres jugements. Cette existence pathétique qu'elle s'efforçait de refouler lorsqu'elle était sur scène revenait s'imposer à elle, plus tôt qu'elle ne l'avait prévu ce soir-là. Une légère honte recouvra ses joues d'un peu plus de couleur, et lui fit prendre une inspiration fébrile.

Elle essaya pourtant de se recomposer, bien que la lassitude d'avoir à prétendre lui fasse perdre l'éclat de la jeunesse et donne à sa figure  une maturité qui ne collait que peu avec sa candeur précédente. Elle détourna les yeux afin d'échapper à ce regard inquisiteur, et parvint à esquisser un sourire courtois.

- D... Daisy. Daisy Gloom, répondit-elle finalement d'une voix à peine plus élevée qu'un murmure.

A nouveau, elle jeta un coup d'oeil anxieux vers le cadre de bois mais rassembla le courage de rétablir le contact visuel avec son interlocutrice. Elle tenta de détourner l'attention qui était bien trop focalisée sur elle à son goût, en se permettant de prononcer ses suppositions.

- Votre réputation vous précède, si j'en crois l'excitation des autres chanteuses vis-à-vis d'une certaine voyante.
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MessageSujet: Re: [Daisy & Diane] Chants et prédictions macabres à la Lanterne Rouge.[15 Mars 1928]   Dim 23 Avr - 0:06

Daisy
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Diane

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- D... Daisy. Daisy Gloom.

Un sourire trop carnassier pour être totalement rassurant étira les lèvres de la voyante. Elle battit des paupières avec la rapidité d'un papillon noir et lui répondit d'une voix pleine de miel :

- N'est-ce pas là un adorable prénom ? En France, la fleur que vous désignez par ce nom est la Marguerite... Elle a la pureté blanche du coton et la splendeur solaire de l'or. Il existe d'ailleurs un jeu d'enfants délicieusement doux que les petites filles connaissent lors de leur premier amour. Elle arrache un à un les pétales de la pauvre fleur en chantonnant «  Il m'aime un peu, beaucoup, à la folie, passionnément, pas du tout... » Lorsque le dernier pétale tombait à terre, vous étiez fixé sur la destinée que prendrait assurément cette idylle naissante.

Le sourire cruel d'Erato prit une teinte plus douce, mélancolique. Elle se frotta les bras, comme si la profondeur d'impact de ce souvenir avait fait souffler un vent glaçant de nostalgie dans la pièce. La voix de l'Irlandais qui gardait la loge se fit entendre, il annonça à Daisy sans douceur qu'il allait lui chercher une tasse de thé au miel, pour préserver sa voix.

- Votre réputation vous précède, si j'en crois l'excitation des autres chanteuses vis-à-vis d'une certaine voyante.
- Cet homme vous effraie, répondit Erato sans prendre la peine de prendre en considération la dernière remarque de sa si charmante nouvelle connaissance.

Elle capta les émotions de Daisy comme un drogué chercherait dans l'air, les vapeurs de mandragore, soulevant sa poitrine par à-coups désordonnés. L'appréhension. La honte. La langue de Diane vint humidifier ses lèvres rendues sèches par l'excitation de ces découvertes. Elle déglutit et fit un pas en arrière comme pour se forcer à prendre de la distance, à ne pas se laisser porter trop loin par son désir de crever les frontières si fines de son esprit.

- Je suis effectivement la «  voyante » engagée pour la seconde partie de la soirée. J'ai bien peur de bien moins captiver la salle que vous, mon ange.

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MessageSujet: Re: [Daisy & Diane] Chants et prédictions macabres à la Lanterne Rouge.[15 Mars 1928]   Dim 23 Avr - 23:46

Un terrible malaise s'insinua dans chaque fibre de son être à l'évocation de ce jeu pour le moins... Etrange. Si pour les petites filles, il devait être fort amusant, il prenait pour la femme qu'elle était et face à cette autre sorcière une allure menaçante qui la fit frissonner. Elle ne connaissait que fort bien la destinée de sa relation avec le malfrat qui gardait sa porte. Pourtant, le soudain revirement dans les expressions d'Erato intrigua la jeune blonde, dont les yeux s'adoucirent durant quelques fractions de secondes. La mélancolie d'autrui prenait une résonance particulière chez la sorcière. Ceux qui connaissaient ces douleurs semblables à nulle autre étaient souvent ceux qui appréciaient à leur juste valeur la compassion et, plus que tout, la compréhension.

Dans un réflexe de défense, elle croisa les bras contre sa poitrine, analysant les expressions faciales de cette nouvelle connaissance. Elle ne parvenait pas à saisir les motivations qui auraient pu la pousser à agir de manière aussi... Lunatique. Et terrifiante, dans son intensité. Pourtant, plus l'échange durait, et plus Daisy elle-même se sentait intriguée. Sa poitrine se soulevait de façon plus lente et régulière à présent qu'Arthur ne surveillait plus l'entrée de sa loge, bien que ce répit soit de courte durée.

- Cet homme vous effraie.

De manière presque synchronisée avec l'autre femme, Daisy recula d'un pas et fronça les sourcils. Comme bon nombre de personnes, elle n'aimait pas que l'on tente de s'immiscer dans son esprit, et dans ce cas que l'on réussisse. Son regard s'assombrit, se durcit légèrement, même si elle ne répliqua rien. Le silence lui avait souvent épargné bien des complications, et face à une femme aussi imprévisible, elle jugeait dans son plus grand intérêt de ne pas en dévoiler plus. De plus, elle ne souhaitait pas la confrontation avec cette femme certes étrange, mais qui ne lui inspirait nulle inimitié.

Elle s'humecta les lèvres, tremblante de cette soirée riche en émotions. La simple présence de la femme lui faisait vivre des sensations qu'elle aurait préféré ravaler quelques instants de plus, comme son profond sentiment d'insécurité. D'autant plus, que certains souvenirs, même certaines bribes d'émotions, devaient rester indéfiniment enterrées, à l'abri dans le secret de son esprit.

La jeune femme détourna à nouveau les yeux, remarquant soudainement son absence de manteau ou peignoir qui lui aurait permis d'en refermer les pans sur son corps frêle dans un mince effort d'intimité, de distance entre cette sorcière fort dangereuse pour sa propre santé mentale. Il n'y avait que peu de motivations qui lui permettaient de continuer à tenir debout chaque jour, à se lever et à chanter comme si chaque soir était le dernier. Chanter, ses seuls instants de liberté. S'ajoutait à cela la certitude qu'elle était seule à porter son fardeau, qu'elle n'imposerait, même de manière indirecte, à personne.

- Vous surestimez mon talent, Madame, dit-elle avec calme. Et au vu de cette conversation, ils ne pourront qu'être comblés de mysticisme.

"A leurs risques et périls", se retint-elle d'ajouter. Daisy présenta un sourire docile, de ceux qui s'affichaient instinctivement chez des visages habitués à être contemplés pour leur beauté.

- Je crains malheureusement de devoir manquer le spectacle.
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MessageSujet: Re: [Daisy & Diane] Chants et prédictions macabres à la Lanterne Rouge.[15 Mars 1928]   Ven 28 Avr - 22:49

Daisy
&
Diane

Chants et prédictions macabres à la Lanterne Rouge


La jeune vélane recueillait dans le creux de sa voix toute la candeur douce du monde. Diane marqua un instant pour se perdre à nouveau dans la contemplation muette de sa beauté tortueuse. Elle faisait appel à d'autres souvenirs, d'autres émotions qu'elle n'arrivait pas à identifier. Elles s'identifièrent d'elles-mêmes, s'embrasèrent, et tout d'abord, animèrent de leur chaleur ses joues habituellement pâles et exsangues. Beauxbâtons, des années plus tôt. Une jolie blonde nommée Iphigénie qui partageait sa chambrée et dont la beauté -vélane elle aussi- avait accueilli les premiers émois sentimentaux de Diane. Elle ferma les yeux et la visualisa, elle, sa tenue de nuit trop lâche que les rayons opalescents de la lune venaient lécher sans pudeur par la croisée de la fenêtre. Diane déglutit et rouvrit les yeux. Elle se félicita cent fois que son interlocutrice ne possedât pas le même don qui était le sien. La voyante était effectivement une très mauvaise occlumens.

- Vous surestimez mon talent, Madame. Et au vu de cette conversation, ils ne pourront qu'être comblés de mysticisme.

Diane papillona des paupières, laissant un nouveau sourire cruel lui redonner bonne contenance. Elle se détacha totalement de Daisy dont la présence devenait dangereuse pour inspecter d'un oeil curieux sa coiffeuse.

- Appelez-moi... Diane, ma chère Daisy. "Madame" est réservé à ma mère et, croyez-moi, cela ne fait rien pour offrir une tonalité agréable à ce titre. De plus, j'ai beaucoup de défauts, ma chère, beaucoup trop...

Elle planta son regard froid comme un sérac dans le sien.

- La curiosité, démontra-t-elle en prenant dans ses mains la brosse à cheveux de la douce vélane.

Des mèches dorées comme les idoles d'une église y étaient prises au piège. Dans un élan picpocket enfantin, elle fut prise de l'envie de l'emporter. Elle la reposa sur le bois poli de la coiffeuse et reprit :

- La rancune, l'obsession, la mélancolie, l'élitisme, la colère... Entre autres. Mais au milieu de toutes ces tares, je puis vous assurer que le manque de goût n'y figure pas. Si je vous dis que votre talent est véritable, croyez-moi. Je suis trop égoïste pour perdre mon temps en mensonges de politesse.


Elle lui sourit, toujours de ce sourire étrange qu'ont les jeunes filles en écrasant les fourmis sous la semelle de cuir de leurs bottines.

- Je crains malheureusement de devoir manquer le spectacle.


Aussitôt, le front de Diane se plissa. Elle parut terriblement contrariée de cette nouvelle. De quelques petits pas rapides, elle se rapprocha à nouveau de Daisy. Il ne fallait pas qu'elle la quitte si tôt. Elle ne s'était pas assez enivrée d'elle, de son âme, de ses souvenirs, de ses émotions. Elle n'avait pas eu la dose dont se rassasiait son esprit malade des autres. Elle déglutit et s'humecta les lèvres :

- Pourquoi ? demanda-t-elle sèchement. S'il s'agit de l'irlandais en guenilles quelques dragots devraient suffire à le rendre plus prompt à vous faire assister au spectacle.

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MessageSujet: Re: [Daisy & Diane] Chants et prédictions macabres à la Lanterne Rouge.[15 Mars 1928]   Dim 30 Avr - 15:44

Daisy se sentait tel le papillon attiré par la flamme en contemplant ce sourire qui ne présageait rien de bon. Malgré son apparence candide, elle n'était pas étrangère aux vices des hommes -et des femmes-, et savait reconnaître la malice derrière des mots doucereux et aussi sucrés que les siens. Avec prudence, ses yeux clairs se détachèrent de la vue de ces dents insolemment blanches pour suivre avec intérêt le parcours de ces mains fines qui s'étaient emparées de sa brosse à cheveux. Diane semblait avoir la présence de ceux qui intiment à une salle entière comment et quand respirer, et un charisme tel que la jeune femme ne doutait pas que chacun de ses murmures aurait su imposer le silence dans une foule.

Avec une curiosité qui avait le don d'effacer sa crainte, elle écouta avec un sourire de circonstance la voyante énumérer ses multiples défauts, d'une manière si détachée que Daisy admira durant quelques secondes la force de caractère de son aînée. Une femme indépendante, sans aucun doute. Ainsi, comme une élève attentive, elle hocha la tête face à cette insistance sur son talent. La brune était intense dans sa manière d'être, sa manière de parler, et même ces sourires renfermaient tout le danger discret d'un esprit qui se savait doté des meilleures cartes.

La demie-vélane plissa les yeux face à la contrariété soudaine de Diane. A nouveau, elle recula de quelques pas lents, appréciant soudainement dans toute sa splendeur l'ampleur de la pièce. Cette attitude était déconcertante, y compris pour elle, qui était pourtant habituée au caractère si tendre de son amant. A l'évocation de ce dernier, elle eut comme un sursaut, de ceux qu'elle aurait eu si elle en avait oublié l'existence le temps de quelques secondes. Peut-être était-ce pour cette raison, qu'elle ne semblait pas dérangée outre-mesure par sa curieuse interlocutrice.

Yeux clos afin de chasser ces pensées, elle les rouvrit avec une certaine contrariété dans le regard. Sa curiosité était décidément attisée par la voyante, rarement elle avait eu la possibilité de se retrouver en présence d'une femme si imposante, si admirable pour sa force, dans un sens. Malgré cela, Daisy était parfaitement consciente que cet intérêt pour sa personne n'était pas des plus purs. Elle s'était déjà brûlée les ailes à tenter sa chance, et cette rencontre allait vraisembablement à l'encontre de tous ses intérêts. Tous, excepté ce goût de l'inconnu, cette foi en la beauté des caractères que son âme chagrinée avait choisi de cultiver plutôt que de dériver vers un total désespoir. De plus, la voyante avait du moins le don de la tirer de la solitude dans laquelle elle s'embourbait un peu plus de jour en jour, et cela n'était pas négligeable. Sûrement, elle ne prenait pas tant de risques en permettant à cet échange de durer.  

- Il s'agit bien de lui, affirma t-elle d'une voix rendue tremblante par l'intensité de l'échange. Mais effectivement, son attrait pour l'argent devrait le convaincre.

Elle adressa au battant de bois un regard à la fois peiné et craintif, son sourire se teintant d'une certaine lassitude. La jeune chanteuse songea brièvement qu'elle aurait peut-être du s'établir chez les No-Maj', dans l'anonymat le plus complet, de sorte à contrôler ne serait-ce qu'une partie de son existence.

- Je me demande cependant pourquoi vous semblez tant tenir à ma présence, ajouta t-elle avec un calme calculé pendant qu'elle jaugeait les expressions de l'autre femme. Comment en êtes-vous venue à vous produire chez les No-Maj' ? interrogea t-elle soudainement avec un intérêt presque enfantin.

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MessageSujet: Re: [Daisy & Diane] Chants et prédictions macabres à la Lanterne Rouge.[15 Mars 1928]   Dim 30 Avr - 16:41

Daisy
&
Diane

Chants et prédictions macabres à la Lanterne Rouge

La vie de Diane était vouée à être une vie de solitude. Elle le savait depuis son départ de France et s'en était fait une raison avec la résignation digne d'une duchesse face à l'échafaud. Pourtant, il lui arrivait parfois d'être attirée par les autres. Surtout lorsque, dans de rarissimes cas, elle n'était pas rebutée dès le premier échange par l'échappée émotionnelle d'un vice, d'une bassesse. La pureté du cœur, la candeur, avaient pour elle un attrait sans égal : la rareté précieuse d'un diamant au milieu des strass. Et puis, Daisy représentait tout ce qu'elle n'était pas, ce qui avait un charme non négligeable. Elle était aussi blonde qu'elle était brune, aussi douce qu'elle était cassante, aussi pure qu'elle était souillée. C'était un être de lumière et de feu lorsque Diane évoluait dans les ténèbres et le froid. Elle laissa sa mâchoire se serrer d'agacement.

- Il s'agit bien de lui, mais effectivement son attrait pour l'argent devrait le convaincre. Je me demande cependant pourquoi vous semblez tant tenir à ma présence. Comment en êtes vous venus à vous produire chez les No-Maj' ?

- Au royaume des aveugles, le borgne est roi, répondit mystérieusement Diane sans émotion. Merlin soit loué de la cupidité sans nom de votre amant dans ce cas -c'est votre amant, n'est-ce pas?- elle vous condamne à officier dans des robes dentelées par les souris mais vous permettra au moins de vous distraire ce soir. Ne bougez pas.


Bien que l'impératif eut été donné sans froideur, un regard de Diane aurait dissuadé même la fugueuse la plus hardie. Elle glissa sa main dans son corsage, au sein de l'écrin lanugineux de sa poitrine. Une petite bourse en sortit. Sans un regard supplémentaire, elle quitta la pièce. Elle revint quelques minutes plus tard, suivie de près par Arthur Fletcher lui même. Il se dirigea vers Daisy d'un pas conquérant et la prit par le bras. Ses yeux exprimait bien plus de curiosité que de colère. Diane resta dans l'entrebâillement de la pièce, elle observait la scène avec distance, son éternel sourire sibyllin aux lèvres. Il sourit à sa belle et murmura :

- C'est vrai ce que m'a raconté Miss Timbrée ? L'idée d'assister à sa représentation te déplairait pas ? Si t'as pas envie ou qu'elle est louche, on laisse tomber, DaisyJolie. On s'en tamponne de ses dragots. Mais si ça te tente, ça pourrait nous permettre de réfléchir un peu à ce nouveau studio...

Un sourire de cupidité passa sur ses lèvres. Il reprit, plus bas :

- Si elle te touche, par contre, je lui fait sauter la cervelle et je la fais bouffer par une goule. Goule que je ferai elle-même bouffer par un troll du Texas. Méfie-toi Daisy, il paraît qu'elle ne vit entourée que de No-Maj ' et qu'elle croit à toutes ces conneries de Dieu.

Bien qu'elle n'en ait la plupart du temps pas besoin, Diane avait l'ouïe particulièrement fine. A cette dernière phrase, elle sourit, dénudant à la lumière moribonde de la lampe la clarté carnassière de ses  dents. Elle s'humecta les lèvres et plongea son regard dans celui de Daisy.

- Soyez certain que je n'en ai pas après la chair de votre protégée, Monsieur Fletcher. Faites-moi confiance, je prendrai grand soin de Boucle d'Or.

Arthur manqua de sursauter, agacé que la cinglée de Dieu l'ait entendu. Il lui adressa un sourire hypocrite et interrogea Daisy du regard.

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MessageSujet: Re: [Daisy & Diane] Chants et prédictions macabres à la Lanterne Rouge.[15 Mars 1928]   Dim 30 Avr - 17:45

Un corsage était un endroit bien téméraire pour y dissimuler sa bourse. Il y avait là de quoi attirer vers cette zone particulièrement intime à la fois les regards et les mains des hommes les plus vicieux, certainement plus attirés par l'argent que par les attributs féminins, mais qui ne manqueraient pas d'en profiter au passage. Toutefois, Daisy ne doutait pas que quelconque main qui oserait s'aventurer près du corsage de la voyante en ressortirait démise.

Elle ne parut pas même surprise par la lucidité de la brune vis-à-vis de sa relation avec Arthur. Le froncement de ses sourcils indiqua en revanche sa contrariété, aussi bien dirigée vers elle-même, quant à la mention de sa "condamnation". Nul n'appréciait le rappel de son malheur, et encore moins quand ce rappel était prononcé avec une telle indifférence.

L'apparition soudaine de son amant lui fit prendre conscience du caractère peu commun de la situation. N'ayant de toute manière que peu de perspective d'échappatoire, elle était restée à peu de choses près à sa place précédente, attendant avec une légère appréhension, et au rythme de ses battements accélérés du coeur, la suite des évènements.

Daisy fit peu attention au geste possessif et esquissa un sourire aux premières paroles d'Arthur. Vraisemblablement, la voyante avait su l'appâter avec les bons arguments. Elle haussa ensuite les sourcils face aux menaces murmurées par l'homme, geste destiné à masquer sa désapprobation. Tant de violence, chaque fois qu'il devenait suspicieux... Et que d'imagination, également ! Elle retint à grand peine un soupir en se mordant la lèvre inférieure, loin de vouloir s'attirer les foudres de l'homme, en particulier devant un tel public.

Avec un air déterminé qui était inhabituel sur son visage pâle, elle s'adressa au malfrat, le menton relevé.

- Tu sais bien que je ne laisserai personne... D'autre, me "toucher", prononça t-elle d'une voix qui était bien plus assurée que ce qu'elle ressentait en réalité.

La jeune chanteuse inspira avec agacement suite aux différents surnoms qu'on lui avait attribué en seulement quelques minutes, cette fois incapable de le dissimuler. Elle plongea cependant un regard tendre et maintes fois pratiqué dans celui de son amant, et posa une main sur sa poitrine dans un geste devenu habituel.

- Laisse-moi assister à sa représentation, souffla t-elle. Je suis certaine que ses dragots ne seraient pas de trop.

Elle lui adressa un sourire légèrement figé, mais qui se voulait néanmoins doux. Son regard sembla caresser le visage qui lui faisait face avant qu'elle ne détourne ses yeux pour les planter dans ceux de la voyante. Ainsi, elle croyait en ce même "Dieu" qu'elle avait entendu prononcer par multiples No-Maj' dans son voisinage ? En particulier sa vieille voisine de la chambre adjacente, dont elle entendait chaque soir les curieuses litanies après les sanglots aigris qui accompagnaient l'écoute de vieux airs particulièrement émouvants.

Ses yeux clairs dérivèrent entre l'un et l'autre de ses interlocuteurs, s'attardant quelques dixièmes de seconde de plus sur celui tout aussi clair de la femme, avant de retrouver le regard sombre habituel de son "bien-aimé". Un hochement de tête affirmatif vint confirmer son envie, et elle attendit avec une immobilité craintive le verdict.

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MessageSujet: Re: [Daisy & Diane] Chants et prédictions macabres à la Lanterne Rouge.[15 Mars 1928]   Dim 30 Avr - 18:09



Daisy & Diane
Chants et prédictions macabres à la Lanterne Rouge
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⚜ «Oh ! L'âcre volupté que le danger procure.» ⚜


Au hochement de tête, Arthur marqua un temps d'arrêt. Il chercha dans les yeux de son étoile les motivations d'un tel acquiescement. Il ne les trouva pas et ne s'en émut pas outre mesure, peu lucide qu'il l'était. Il glissa une main rugueuse derrière la nuque de Daisy et la pressa vers l'avant afin de baiser son front. Le front est d'ordinaire un réceptacle aux baisers les plus tendres, les plus paternels et bienveillants qui soient. Mais aucun des baisers d'Arthur Fletcher n'auraient pu être ainsi. Il lui offrit ce qu'il pouvait. Il s'agissait donc d'un baiser bref, sec, violent et possessif. Un baiser qui voulait dire à la fois « Tu es à moi », « Je t'abhorre », « Je t'aime » et « Va t'en ». Sa main s'amollit sur sa nuque et son pouce se perdit même à lui caresser lentement la naissance des cheveux. Il la retira rapidement et grogna :

- Je serai au bar, à gauche, en sortant du hall. Rejoins-moi à la fin de la... Représentation. Si quelqu'un t'indispose ou se montre trop insistant, fais-moi appeler.

Il déglutit et approcha ses lèvres déshydratées par l'alcool et les baisers trop secs de son oreille. Son souffle chaud vint lécher la peau claire de son cou, comme une caresse :

- Fais attention, ne te laisse pas envoûter. Elle est française, c'est comme une anglaise, mais en pire. Chez eux, le sang celte est mélangé à celui des Ostrogoths et ça donne des gens étranges. Pas fiables. Leur magie est viciée si tu veux mon avis. Ils mangent des cuisses de grenouilles et adorent les révolutions, ne l'oublie pas.

Il se détacha d'elle sans masquer son inquiétude et se tourna vers Diane. Il n'aimait pas cette femme. Elle donnait un mauvais exemple à Daisy. Un exemple d'indépendance. Il cracha par terre et quitta la pièce, gêné comme le serait une vieille femme superstitieuse face à un chat noir. La voyante attendit qu'il sorte pour entrer et chercha sur le visage de Daisy une quelconque émotion. Elle était pour l'instant trop débordée pour les siennes pour pouvoir capter celles de la jolie vélane. Son œil perçant s'arrêta sur le sol :

- Votre ami manque singulièrement d'éducation. J'espère qu'il a au moins la présence d'esprit de prendre soin de l'oiseau rare qu'il tient en cage, déclara-t-elle avec un mépris peu masqué.

Comme si elle ne souciait pas de ce que cette phrase créerait chez son interlocutrice, elle applaudit de manière enfantine et cruelle, pour exprimer son excitation :

- Mais le plus important est que vous serez des nôtres ce soir ! Je vous ai réservé une place dans une loge du balcon. Vous ne serez pas importunée par la plèbe. Si vous êtes prête, suivez-moi.
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MessageSujet: Re: [Daisy & Diane] Chants et prédictions macabres à la Lanterne Rouge.[15 Mars 1928]   Dim 30 Avr - 19:42

Alors qu'elle recevait le baiser bref d'Arthur, Daisy écarquilla légèrement les yeux tout en agrippant soudainement les avant-bras de l'homme afin de se soutenir. Tandis qu'elle ne possédait nullement les dons de Légilimencie de la française, elle ressentit avec une justesse troublante les diverses significations que ce geste comportait. Tout son être fut en émoi. Un frémissement acheva de refroidir l'atmosphère de la pièce, et ce n'était certainement pas dans ces bras masculins qu'elle trouverait la chaleur qui lui manquait soudainement.

Elle acquiesça à ses indications, ayant tout juste le temps d'afficher un sourire timide avant ses prochaines paroles. Le caractère profondément dramatique et empli de lieux-communs l'amusa sincèrement, et elle s'autorisa une expression brièvement mutine. La voyante était une sorcière, certes, mais eux également. Si l'on se mettait à croire aux superstitions entre sorciers, la communauté courait à sa perte. Même si, elle devait l'avouer, ces habitudes culinaires qu'avaient les français étaient pour le moins étranges. Le mysticisme indéniable de la brune provenait probablement autant de son don, de son caractère, que de ses origines. Nulle raison de craindre ainsi l'étranger, bien au contraire.

Elle plissa le nez à la grossièreté du dernier geste d'Arthur, et plaignit durant quelques instants les pauvres No-Maj' qui devraient nettoyer cela sans magie. Elle n'eut pas l'audace de chercher des excuses, qu'elle serait incapables de trouver, aux actions de son amant et se contenta de baisser les yeux dans une expression soudainement gênée.

Elle doutait que sa remarque, pour le moins blessante, attende quelque réponse aussi Daisy préféra adopter un mutisme typiquement féminin qui valait toutes les confessions du monde. S'il n'était pas l'homme dont elle avait rêvé dans son adolescence, il demeurait le seul homme qui s'inscrivait dans sa vie, le seul homme dont elle dépendait et le seul qui brisait sa douloureuse solitude. Non pas de la manière idéale, mais tout valait mieux que de se trouver à nouveau démunie. Et l'on s'accoutumait si bien à une existence qui échappait à tout contrôle. La réaction particulièrement enfantine de la voyante parvint toutefois à briser l'impassibilité de ses traits, qui s'animèrent en une expression réjouie. Enfin, un peu d'air. Une étincelle dans cette nuit sans fin qui teintait de ténèbres son environnement familier et ôtait tout sens à chacun de ses agissements.  

La jeune femme s'étonna de sa place privilégiée, et marqua un temps d'arrêt. Pourquoi cette place privilégiée, pour elle, dont l'existence était si ordinaire ? Une ombre inquiète voila son regard, et ce qui l'entourait s'effaça pour laisser place à sa réflexion. Soit, elle échapperait plusieurs instants à son quotidien morne et triste. Mais à quel prix, elle se le demandait soudainement. Pour le savoir, de toute évidence, elle devrait jouer le jeu.

A nouveau, et dans une posture qui se voulait brave, elle releva fièrement le menton et croisa le regard tout aussi clair que le sien de la voyante.  

- Je vous suis, Diane.

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MessageSujet: Re: [Daisy & Diane] Chants et prédictions macabres à la Lanterne Rouge.[15 Mars 1928]   Dim 30 Avr - 21:04



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- Excellente réponse, souffla la grande femme brune en lui tenant la porte.

Elle s'engagea dans le couloir des loges se glissa avec grâce entre les différents artistes qui s'y mouvaient. Elle saluait parfois, d'un bref et pudique hochement de tête, un acrobate, une jongleuse, un dresseur d'ours, sans jamais leur offrir cependant ne serait-ce qu'un dixième de l'attention qu'elle avait offerte à la jeune chanteuse. Certains se retournèrent sur ce duo étrange et oxymorique. La voyante se tournait par moment pour rassurer la vélane d'un regard accort. Elle s'assurait dans le même temps que le joli moineau ne se soit pas échappé. Elles rejoignirent le hall. Là, tout n'était que bruit, rumeurs, frottements corrosifs de la mousseline des robes. Diane évoluait dans ce milieu avec l'assurance dédaigneuse et indifférente de Perséphone aux Enfers.

Elle la délaissa quelque secondes pour avoir une discussion avec l'homme qui tenait le registre. Il hocha plusieurs fois la tête et s'autorisa un regard curieux vers l'invitée de la voyante. Regard que Diane réprima aussitôt en le rappelant sèchement à l'ordre. Après qu'il ait noté quelque chose dans son épais registre de cuir, Diane revint.

- Suivez-moi, Boucle d'or. Petite précision : ici je suis connue sous le nom d'Erato et uniquement sous ce nom. Je vous serai particulièrement reconnaissante de ne pas mentionner celui que je vous ai donné. Prenez ceci comme... Un gage de mon amitié et de ma plus profonde admiration pour votre voix.

Elle lui sourit et se dirigea vers un employé de l'établissement. En la voyant arriver, le jeune homme déglutit se raidit, presque au garde à vous. Diane ne parut pas trouver cela anormal. Elle s'approcha de lui.

- Bonsoir Joshua. Comme vous vous en doutez, je suis légèrement en retard. J'aimerais confier à vos bons soins la merveilleuse artiste que nous avons tous découvert ce soir. Elle a sa place de réserver dans la loge. Là où réside normalement mon amie. Installez-la et veillez à ce que personne ne la dérange.

- Très bien Madame, ce sera fait, répondit le jeune homme.

Cette réponse parut satisfaire la voyante. Elle se tourna vers Daisy et se permit de caresser sa joue.

- Joshua va s'occuper de vous. Vous bénéficiez de la place d'une de mes amies proches, Helen, qui n'est malheureusement pas parmi nous ce soir. C'est dommage, elle vous aurait adorée. Nous nous verrons ensuite.

Sans un mot supplémentaire, Diane retira sa main et se dirigea vers les loges. Pour quelqu'un d'en retard, elle ne semblait s'inquiéter le moins du monde de l'organisation de l'établissement. Joshua hocha la tête et toussota en proposant à la splendide jeune femme de le suivre. Il la fit monter dans la loge, déserte. Après lui avoir proposé un rafraîchissement, il souffla :

- Je vais monter la garde devant le balcon, Mademoiselle. Si vous avez besoin de quelque chose, appelez-moi.

Il commença à sortir pour retenir son geste et murmurer :

- Pardonnez ma curiosité mais... Que fait une jeune femme aussi délicate et fraîche avec quelqu'un comme Dame Erato ?

Aussitôt, il se ravisa :

- Non, non, ne répondez pas ! Excusez-moi. Je n'aurais pas dû.

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Ne vous tournez point vers ceux qui évoquent les esprits, ni vers les devins; ne les recherchez point, de peur de vous souiller avec eux. Je suis l'Eternel, votre Dieu. Si quelqu'un s'adresse aux morts et aux esprits, pour se prostituer après eux, je tournerai ma face contre cet homme, je le retrancherai du milieu de son peuple.

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Daisy Gloom
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MessageSujet: Re: [Daisy & Diane] Chants et prédictions macabres à la Lanterne Rouge.[15 Mars 1928]   Dim 30 Avr - 22:33

C'est en arpentant les couloirs en compagnie de la voyante que Daisy prit pleinement conscience de l'exceptionnel de sa situation. D'un œil avide de découvrir le monde, y compris ce qu'il remportait de plus mystérieux, de plus effrayant, elle contemplait chaque chose qui se présentait à sa vue. Elle renvoyait aux curieux leurs regards, s'émerveillait des différents artistes qui croisaient leur chemin. Elle appréciait son existence, se rendit-elle compte soudainement.

Elle resta en retrait lors du premier arrêt de la brune, et jeta un regard de compassion vers l'homme qui n'avait pas même le loisir de se détourner des instructions de la voyante. Cet anonymat choisi par celle-ci la surprit, mais elle comprit toutefois. Intérieurement, elle se sentit flattée d'un tel gage de confiance. Les noms renfermaient un monstrueux pouvoir, elle le savait et le reconnaissait.

Un sourire amusé étira le coin droit de ses lèvres, en assistant à la scène entre Erato et le dénommé Joshua. Sa nouvelle "amie" contrôlait manifestement son royaume, et chaque âme en ce lieu était son sujet. Elle écouta avec une attention distraite par la main posée sur sa joue les indications de la femme, et son regard se fit malgré elle reconnaissant. Cet univers No-Maj' lui était encore inconnu, aussi l'isolement ne semblait pas une mauvaise perspective, en cet instant. Ce Joshua semblait tout à fait inoffensif, pour un No-Maj'.

- C'est fort aimable, je vous remercie, dit-elle de sa voix tendre avant que son interlocutrice ne s'éclipse.

Daisy accorda au jeune homme l'un de ses sourires compatissants, et le suivit avec respect, appréciant à sa juste valeur sa courtoisie. Elle qui était plutôt habituée aux gestes brusques et rugueux de son amant. Elle inspira face au silence et la pénombre de la loge. Pressentant que le jeune homme s'apprêtait à la laisser, elle se tourna vers lui, avant d'émettre un léger rire suite aux dernières paroles hâtives de celui-ci.

- A vrai dire, je ne suis pas certaine de le savoir moi-même, confessa t-elle.

Elle le jaugea un instant du regard, avant d'incliner la tête sur le côté.

- Elle est impressionnante, n'est-ce pas ? Il semble difficile de lui refuser quoi que ce soit.

A nouveau, un sourire enjoliva ses traits. Elle n'avait probablement jamais autant souri -sincèrement- que lors de cette soirée. Ou alors, dans un temps qui lui semblait très, très lointain et comme tiré d'un songe. Lors d'une adolescence qu'elle se remémorait heureuse, à Ilvermorny. Elle inspecta de son regard clair et curieux la loge, semblant se perdre dans sa contemplation durant de longs instants. Elle se retrouverait de nouveau face à elle-même quelques secondes plus tard, et pourtant elle se sentait apaisée, pour la première fois depuis de longues années. Saisie d'une émotion soudaine, elle papillonna des cils et se souvint de la présence du jeune homme.

- Merci, Joshua, c'est cela ? Votre attitude est appréciée.

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Diane Delacour
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MessageSujet: Re: [Daisy & Diane] Chants et prédictions macabres à la Lanterne Rouge.[15 Mars 1928]   Dim 30 Avr - 22:47



Daisy & Diane
Chants et prédictions macabres à la Lanterne Rouge
.


⚜ «Oh ! L'âcre volupté que le danger procure.» ⚜


- Impressionnante ou... Effrayante. Vous savez, certains disent dans les cuisines que c'est... Une sorcière. Oh je n'y crois pas, bien entendu mais... Enfin... Je vous laisse en juger par vous-même, conclut-il en lui indiquant la scène du regard.

Il lui sourit poliment et sortit sans se faire prier. Le balcon était situé en face de la scène, surplombant le parterre à bonne hauteur. Toute la salle murmurait, couvrant d'un bruit similaire au bruissement d'ailes d'une famille de corbeaux les lieux. Soudain, les becs de gaz intérieurs qui ornaient les murs s’éteignirent. Seule la scène, qu'un épais rideau bordeaux masquait encore, était éclairée de faisceaux dorés. La salle se tut. Contrairement aux autres performances, l'annonceur ne vint pas présenter Erato au public. Pourtant tous savaient. Un frisson délicat sembla parcourir les rangs muets de la salle pour remonter lentement vers le balcon.
Enfin, le rideau s'ouvrit, découvrant le décors simpliste dans lequel évoluerait la voyante. Deux chaises, une table ronde, couverte d'une nappe sombre dont les pans étaient effilochés par le temps. Au centre de celle-ci une boule de cristal, un imposant candélabre dont les bougies allumées suintaient sans discontinuer sur le manche ainsi qu'un jeu de tarot. Un air lancinant et triste de violon s'éleva dans l'air, brisant le silence oppressant de la salle. Au sein de la brume épaisse qui avait envahi la scène, Diane apparut.

Ce fut comme une apparition. Une salve d'applaudissements similaires à une averse terrifiante s'éleva. Il n'y avait plus rien, ni dans son air, ni dans son sourire, ni dans sa posture, de l'humanité qu'elle avait laissée entrevoir à Daisy dans les loges. La voyante semblait s'être métamorphosée. A la place de la femme intrigante qu'elle était quelques minutes plus tôt s'était élevée une statue d'albâtre indifférente qui salua la foule sans un sourire. Elle leva la main. Aussitôt, les applaudissements se turent. Alors, leurs yeux se rencontrèrent. Par delà la marée sombre du public, Diane plongea ses yeux dans ceux de Daisy. Et cet éternel sourire cruel revint animer ses lèvres auparavant résolument closes.

Le violon reprit sa mélopée sinistre. Ce fond musical était une nécessité pour Diane. Mendelssohn lui permettait de se détendre, participait à l'ambiance lugubre de ses séances et avait l'avantage non négligeable de faire s'animer les sentiments les plus mélancoliques du public. C'était grâce au violon que, chaque soir, elle arrivait à déterminer quel membre du public subissait un deuil assez profond et tenace pour qu'elle puisse l'exploiter. Elle longea la scène, à la recherche d'une échappée émotive assez forte. Angoisse. Cupidité. Jalousie. Honte. Non, non et non. Ce n'était pas ce qu'il lui fallait. Tristesse. Presque. Manque. Elle ouvrit les yeux et se stoppa net. Elle chercha du regard l'esprit d'où émanait un si fort manque. Un vieil homme. Cinquante ans environ, l'oeil triste. Elle plongea son regard dans le sien. Un flash lui occupa la vue. Un lit d'hôpital. Des pleurs. Une femme, de cinq ans sa cadette. Toux. Douleur. Plainte. Le bruit reconnaissable entre mille des pelletées de terre que l'on jette sur un cercueil...

-... Parfait, déclara-t-elle.

La salle retint son souffle. D'un geste de la main, Diane fit se lever l'homme endeuillé. Il rejoignit la scène et s'installa sur l'une des chaises. Elle prit place en face de lui tout en l'observant. Il portait encore son alliance. Des cernes, il dormait mal. Flash : Le vide à la droite du lit. Le vide auquel on se fait pas. Le vide auquel on ne s'habitue pas. Le deuil était récent. Autour du cou, une chaîne au bout de laquelle pendait... Deux bagues. Un anneau d'or simple et une plus fine, ouvragée, sertie d'une émeraude. Une alliance et une bague de fiançailles. Seigneur, c'était presque trop simple. Diane sourit et murmura :

- Comment vous appelez-vous ?

- Anton, répondit le veuf, mal à l'aise.

Diane ferma les yeux et s'ouvrit à la détresse de l'homme. On ne lisait pas dans un esprit comme dans un livre, il fallait saisir ce qui en sortait. On pouvait suggérer, proposer, vérifier, mais certainement pas y pécher des informations comme au milieu d'une encyclopédie. Il n'existait pas d'index de l'esprit humain et encore moins du cœur. Elle pensa, comme une suggestion :  « Anton et.... Anton et... Anton et... » Nouveau flash. Une femme. Quarante ans. Belle à s'en pâmer. Essayait une robe dans une grande galerie chic. Mais toujours pas de prénom. « Anton et... Anton et... Anton et... »

- Gloria pense à vous ce soir, Anton, susurra la voyante d'un ton neutre.

Une clameur s'éleva dans la salle. Le pauvre veuf porta sa main à son cœur tout en s'enfonçant dans son siège, touché à vif.

- Comment savez-vous que... ? C'est donc vrai ce que l'on dit ? Je... balbutia-t-il. Gloria est là? Vous pouvez lui parler ?
- Elle garde un œil sur vous, répondit simplement Diane.
- Que... Que dit ma femme ? Quémanda le vieil homme.

Ému comme il l'était, le veuf débordait d'émotions contradictoires que Diane essayait difficilement de saisir au vol. La stupéfaction. L'horreur. L'espoir. Le manque, encore et toujours. Il lui fallait plus. Pour saisir la salle, il fallait saisir quelque chose de plus profond de plus... La culpabilité. Un sourire vainqueur étira ses lèvres. Elle lui porta, ainsi qu'à toute la salle, le coup de grâce.

- Elle dit que vous ne devez pas vous en vouloir, Anton. Gloria dit que...

Elle se tut un instant, feignant d'écouter une voix spectrale.

- Elle dit que ce n'est pas votre faute, Anton, reprit-elle. Elle vous exhorte à ne pas vous torturer l'esprit, si vous l'aimez.

Le veuf, se tamponna les lèvres d'un mouchoir, les mains tremblantes. Il buvait les paroles de la voyante avec le désespoir que seuls connaissent les grands endeuillés. Une larme iodée roula le long de sa joue rasée de près. Diane expira et l'observa en silence.  Tout en lui transpirait le manque  et l'amour chagrin. Si elle ne rompait pas le fil d'émotions qui s'échappait de lui pour venir habiter son propre esprit elle allait rapidement être débordée par elles et  se laisser submerger. Ce genre de séance, bien qu'addictives, étaient terriblement éreintantes pour la legilimens. Le veuf finit par récupérer ses moyens et réussit à demander :

- Pouvez-vous, s'il vous plait, lui dire que chacune de mes respirations en ce monde est vue comme une bénédiction en ce que c'en est une de moins qui me sépare d'elle ?

Dian entrouvrit les lèvres, trop vite. Son regard se brouillait contre sa volonté. Un nœud se forma dans sa gorge. Elle serra le poing. C'était trop. Trop fort. Trop dur. Sa mâchoire tremblait alors qu'elle répondit, d'une voix tendue par les pleurs qu'elle retenait :

- Elle vous a entendu, Anton.

Elle rompit le contact en tournant le regard et se leva. Son souffle haletant faisait tressauter sa poitrine. Le veuf ne bougeait plus, le visage et l'oeil bas comme un pigeon blessé, il pleurait en silence, résigné. Une unique larme dévala la joue anguleuse de la voyante pour venir mourir sur la rondeur opalescente de son sein. Elle claqua des doigts en direction des coulisses. Un employé de l'établissement, habitué, comprit le signe et rejoignit la scène pour aider le veuf à retrouver sa place. Diane se tourna alors vers la salle qui l'applaudit à tout rompre. Encore bouleversée, elle ne les voyait pas. Mécaniquement, elle se pencha plusieurs fois pour les saluer. Chacune des roses qu'on lança sur la scène, chacun des sifflements admiratifs qui lui vint aux oreilles, chacun des applaudissements qu'elle entendit l'insulta. Elle qui se servait de la mort des uns pour vivre. Elle qui se nourrissait du salaire du chagrin.

Elle releva les yeux vers Daisy. Ce n'était plus un regard sibyllin et fier. C'était un regard franc et clair. Un regard aqueux dans lequel Daisy pouvait lire la réalité. Si Diane s'isolait du monde ce n'était pas par haine des hommes mais par haine d'elle-même.
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MessageSujet: Re: [Daisy & Diane] Chants et prédictions macabres à la Lanterne Rouge.[15 Mars 1928]   Lun 1 Mai - 0:29

Les larmes dévalaient ses joues livides, se perdaient le long de sa mâchoire, de sa gorge, pour venir s'écraser sur sa poitrine pâle. Ses yeux impuissants à les retenir s'embuèrent sans crier gare, si bien que tout lui paraissait d'un flou vaguement teinté de couleurs chaudes et de traits de lumière tamisée.

Sourcils plissés, elle avait observé le début de la scène avec une fascination non dissimulée. Cet homme avait tout du chagrin, et du deuil, dans son apparence. Daisy, à l'instar des autres membres du public, savait la vérité, connaissait l'origine du talent de la voyante. Ce qui lui rendit l'expérience bien plus bouleversante et bien plus terrible.

Elle ne pouvait qu'imaginer les bribes de souvenirs, les émotions que la brune ressentait par procuration, revivait dans le même temps que le pauvre homme. Et la jeune femme était partagée. D'un côté, la voyante usait de la souffrance d'autrui, de leurs souvenirs et de leurs émotions, tellement intimes, pour gagner sa vie. De l'autre, ses paroles semblaient procurer aux endeuillés un certain confort, le sentiment d'être écoutés, compris, protégés par leurs proches. Le sentiment de ne pas se retrouver seuls malgré l'absence et le manque. Et cela, elle l'admirait. Il n'y avait rien de plus beau et pur que de se sentir aimé, protégé par des présences invisibles et familières, dont on savait qu'elle ne nous abandonnerait pas quoi qu'il arrive. Bouleversée par l'échange, elle était tendue au possible, buvait chaque parole de la brune, guettait chaque réaction de l'homme. Même elle, se serait prise au jeu et aurait cru aux paroles de la femme quand à la présence d'un spectre.

La dernière phrase de l'homme fut comme le coup fatal porté au peu de barrières qui retenaient ses sanglots silencieux. Elle porta à sa bouche ses doigts refermés en un poing, étouffant ses émois. L'humidité sur ses joues était apparue soudainement, hors de tout contrôle. Elle observa attentivement les réactions de Diane et comprit. Elle s'était laissée porter trop loin, avait succombé à son propre jeu.

La jeune femme fut prise d'une profonde compassion pour les deux êtres qui se trouvaient sur scène. Tandis que les applaudissements faisaient vrombir la salle, que les plus enthousiastes se levaient et que la scène se recouvrait de présents, elle resta immobile, tremblante, sur son siège. Les poings refermés sur ses cuisses, tant l'émotion la submergeait, elle aussi.

Son regard humide croisa finalement celui de la brune, et ce qu'elle y lut la bouleversa encore davantage. Son être entier frémit d'une compassion qu'elle peinait à retenir, d'une compréhension presque physiquement douloureuse. Elle accepta cette confession silencieuse, elle ferma les yeux et hocha la tête, plusieurs fois, ne sachant ce pour quoi elle acquiesçait, mais du moins elle le faisait. La mâchoire serrée en une douloureuse tentative pour reprendre contenance, elle maintint les yeux clos et recula dans la pénombre, s'imprégnant de ses nouvelles connaissances, de ces émotions fortes et de toute la compassion qu'elle aurait souhaité utiliser pour envelopper ces deux êtres souffrants dans une brume de bien-être et d'amour tendre afin d'apaiser leur chagrin. Car face à cette souffrance humaine, à ce désespoir palpable, elle était malheureusement impuissante, et cela la peinait au plus haut point.

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MessageSujet: Re: [Daisy & Diane] Chants et prédictions macabres à la Lanterne Rouge.[15 Mars 1928]   Sam 6 Mai - 16:33



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Les applaudissements eurent finalement la pudeur de se taire. Diane exécuta une dernière révérence, très brève et rigide. Lorsque le rideau se referma, elle se dirigea rapidement vers les coulisses. Un employé lui tendit, comme de coutume, un verre de vin français qu'elle but d'une gorgée. Elle rejoignit sa loge en ignorant les artistes qui la saluaient. Lorsqu'elle fut entrée, elle referma la porte et s'y adossa lentement avant de se laisser tomber sur le sol. Le verre vide qu'elle tenait encore lui échappa et vint se briser sur le sol. Elle ne lui accorda pas même un regard et enfouit sa tête entre ses mains tremblantes. Le chahut bourdonnement des couloirs la berça petit à petit. Lentement, elle reprit son calme.


*
*  *

Un bon quart d'heure après la représentation de Diane, un jeune employé vint à la rencontre de Daisy, sur le balcon. Il inclina respectueusement la tête devant cette si belle femme qui semblait troublée et lui tendit un mouchoir brodé. Il déglutit avant d'annoncer :

- Dame Erato vous remercie de votre compagnie qu'elle a trouvé fort charmante. Elle est malheureusement appelée ailleurs et ne pourra pas vous raccompagner à votre... Mari, c'est cela ? Elle m'a demandé de vous conduire. Mais avant cela...


Il glissa sa main gantée dans l'intérieur de sa veste de costume et en extirpa un petit bout de parchemin vierge semblable à une carte de visite. Une écriture fine et élancée avait inscrit : « Je ne me dévoile qu'aux faisceaux d'Hécate. » Il le tendit à Daisy d'un œil entendu, persuadé qu'il s'agissait d'un mot coquin et pas d'une indication de lecture. Il attendit que la jolie chanteuse ne rassemble ses esprits et ses affaires et l'accompagna jusqu'au hall. La mine renfrognée et inquiète d'Arthur l'y attendait. Il se dirigea vers elle d'un pas conquérant et fit signe au jeune employé de déguerpir avant de prendre le visage de Daisy dans ses mains.

- Poupée, tout va bien ? Pourquoi t'as eu la chouine ? C'est-y un homme qui t'a mal parlé ? C'est l'spectacle qui faisait peur ?

Son impatience s'était transformée en inquiétude réelle.


*
*  *
A quelques kilomètres de là, Diane avait déjà rejoint son appartement, ses chats et sa solitude.
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MessageSujet: Re: [Daisy & Diane] Chants et prédictions macabres à la Lanterne Rouge.[15 Mars 1928]   Lun 8 Mai - 2:56

Daisy sembla sortir d'un songe lorsque le jeune employé vint la libérer de cet étrange envoûtement. A peine avait-elle eut conscience du temps qui était passé, elle qui avait revu encore et encore cette scène, les détails les plus marquants en particulier. Un événement qui ne manquerait pas d'envahir et de troubler son sommeil. Elle fit de son mieux pour accorder son attention au jeune homme, dont elle ne parvenait à distinguer clairement les traits. Avec un sourire cordial, elle saisit entre deux doigts le bout de parchemin, dont les mots ne manquèrent pas de la laisser à nouveau songeuse. Jugeant préférable de s'en préoccuper à tête reposée, elle glissa le parchemin dans la seule cachette qu'elle avait sous la main, à savoir sa poitrine.


Elle ne prêta nulle attention au regard si inadapté, en ces circonstances, de l'employé et le suivit jusqu'à retrouver la présence d'Arthur. Ses mots la firent prendre conscience de l'état lamentable de son visage et elle vint se tamponner le coin des yeux avec le mouchoir brodé qu'elle avait gardé entre ses doigts crispés. La jeune femme resta un instant silencieuse, peu sûre de pouvoir placer des mots sur cette expérience. Résignée, elle hocha la tête dans un mouvement qui se voulait rassurant et adressa un sourire sincère bien que teinté d'épuisement à son amant.

- Tout va bien. Le spectacle était simplement... Fort en émotions.

Daisy se haussa sur la pointe des pieds et apposa un baiser bref sur les lèvres sèches de l'homme avant de retourner sur ses talons.

- Rentrons, demanda t-elle avec douceur.


Alors qu'elle rassemblait ses affaires, elle eut une pensée pour la voyante, si saisissante, et qu'elle espérait secrètement croiser à nouveau. La jeune femme avait toujours eu une admiration pour les combattants, et il ne faisait nul doute que Miss Erato en était une. Au-delà de ça, elle avait su toucher le coeur rempli d'espoirs de Daisy, ce coeur qui croyait en la beauté des choses les plus sombres. Par ailleurs, la solitude de son être avait reconnu en ces yeux clairs une solitude semblable, bien que la jeune blonde n'aurait jamais eu l'audace de simplement croire que les deux femmes étaient similaires. Elle se sentait néanmoins attirée par cette solitude, cette noirceur dissimulées. Tout comme un enfant se serait étonné de croiser un autre être pour la première fois et se serait réjoui de pouvoir partager dans la plus belle des complicités ce sentiment, de pouvoir s'en guérir, peut-être.

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