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 [Jane & Arthur] La rencontre d'un damné et d'une sainte.[9 Mars 198]

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Arthur M. Fletcher
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MessageSujet: [Jane & Arthur] La rencontre d'un damné et d'une sainte.[9 Mars 198]   Lun 20 Mar - 13:12

JANE
&
ARTHUR

LA RENCONTRE D'UN DAMNÉ ET D'UNE SAINTE.

La demeure des Fletcher reflétait l’essence même de ses propriétaires avec la tristesse accablée des beaux bâtiments mal entretenus. Elle avait autrefois été une maison bourgeoise cossue qui accueillait une fois par semaine le beau monde New-York lors de sauteries de très bons goûts. Sa superbe n’était qu’un lointain souvenir, étouffé sous l’épais lierre qui couvrait désormais ses murs. Le jardin aussi était voué  à lui-même. Le gazon autrefois court et luxuriant avait été remplacé par d’anarchiques touffes d’herbes hautes qui venaient lécher les jambes des statues grecques couvertes de lichen du patio. Au numéro 9 de l’avenue des rosiers, la nature reprenait peu à peu ses droits. Cela donnait à l’ensemble un charme triste et désuet dans lequel s’épanouissait chaque jour un peu plus la mélancolie d’Eléanor. C’était donc avec un certain soulagement qu’elle avait quitté le domicile ce matin là pour rendre visite à une tante éloignée qui refusait d’être confrontée à Arthur, après que celui-ci ait comparé la forme de son visage à un flan aux pruneaux lors d’un repas de famille. Elle avait ensuite rendez-vous chez l'apothicaire jusque tard le soir.

Arthur pour sa part, jouissait donc de l’immensité poussiéreuse de son royaume, seul. Torse nu, uniquement vêtu d’un pantalon de tailleur usé et d’une paire de bottes flambant neuves –gagnées au poker la veille- il roulait, étendu sur le sofa du salon principal les plus belles racines de chou mordeur de Chine qui ne lui soient jamais passées  entre les mains. Athur mettait un point d’honneur à goûter lui-même la marchandise et il devait concéder qu’aujourd’hui était un bon jour. Les racines de chou mordeur avaient des vertus apaisantes et aphrodisiaques réputées. S’il en estimait l’efficacité suffisante, il envisagerait certainement d’investir lui-même en la matière pour rendre ses demi-vélanes un peu plus ardentes avec ses clients. Une fois son œuvre de roulage terminée, il la déposa sur la table basse et enchanta d’un coup de baguette un gramophone poussiéreux qui se mit à tousser comme un pulmonaire.

- La barbe ! grogna Fletcher en tapotant l’arrière du gramophone comme on le ferait de quelqu’un qui s’étouffe.

La toux de l’appareil se calma et il consentit enfin à cracher les premières notes du Der Erlkönig de Schubert. Arthur le félicita d’une caresse et sentit un regard terrible se planter dans son dos. Il déglutit et se tourna, honteux. Scorbut, juché sur le montant de la cheminée, le fixait avec un air de reproche effrayant, même venant d’un rat.

- Ne me regarde pas comme ça, elle ne vient que pour affaire.

Le gros rat noir –qu’Arthur avait adopté le jour de ses quatorze ans, alors qu’il fêtait la perte dans son pucelage dans un tripot à l’hygiène plus que douteuse- baissa les yeux vers le torse étonnamment musclé de son abruti de bipède. Le regard d’Arthur s’illumina :

- Une chemise ! Tu as raison, il vaut mieux mettre une chemise. Elle est un peu coincée, Jane.

Fletcher monta donc à l’étage, suivi de près par Scorbut. Il attrapa la première chemise qu’il vit sur le sol et la porta à ses narines.

- Je dirai… A peine 3 jours, c’est bon !

Il l’enfila rapidement et allait se passer un coup de peigne lorsque le heurtoir de la porte d’entrée se fit entendre. La voix de sa femme résonna dans toute la demeure « ARTHUR, VA OUVRIR, SALE RAT. » Cette bacchante sans âme avait enchanté le heurtoir pour qu’il hurle cette douce phrase à chaque fois qu’un visiteur l’utilisait. Il eut un regard d’excuse pour Scorbut :

- Elle ne comprendra jamais la véritable valeur de ton espèce mon ami. Moi, je prends ça pour un compliment.

Il l’attrapa, le jucha sur son épaule et descendit ouvrir.

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Jane K. Conrad
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MessageSujet: Re: [Jane & Arthur] La rencontre d'un damné et d'une sainte.[9 Mars 198]   Mar 21 Mar - 10:39

*Dans son petit laboratoire aménagé - avec la permission de Monsieur de Brocéliande - pour la récompenser de son travail minutieux et satisfaisant, Jane s’activait à créer des baumes plus efficaces. Si la botanique et les potions n’étaient pas réellement ses domaines de prédilection, la jeune femme pratiquait suffisamment pour acquérir quelques facilités. Elle n’avait d’autres choix, l’échec n’était pas acceptable. Elle abhorrait l’échec. L’échec était une entrave à son ambition. Or Jane avait de grands projets. Seulement ses préparations n’eurent pas l’effet escompté, elle manquait de concentration. Un seul nom en était la cause – et c’était là fort suffisant -, un nom qui l’exaspérait autant qu’il éveillait en elle, une certaine adrénaline.

Tutur Fletcher était une plaie dont la jeune infirmière ne parvenait pas à se débarrasser en dépit de tous ses efforts. En réalité, et elle le savait très bien, elle n’y mettait pas tout son cœur. D’une part parce que cette vermine pouvait se révéler fort utile, d’autre part parce qu’elle possédait une « affection » répugnante pour lui. Arthur n’était pas son ami, il était sa plaie, et Jane s’en était accommodée avec le temps. Plus d’une fois, ils s’étaient retrouvés à une même table, jouant ensemble ou l’un contre l’autre selon les volontés du brigand et ses affaires. Jane le soupçonnait même de voir en elle une quelconque utilité, ce qui pour Monsieur Fletcher n’était pas négligeable.

Comment Eléanor, femme si douce et attachante, avait-elle pu s’y méprendre si facilement… Autant de naïveté … Jane, en dépit de tous ses efforts, ne parvenait pas à lui trouver une excuse acceptable. On pouvait louer la stratégie arthurienne, jamais elle n’aurait pu être efficace sans le cœur trop pur et aimant de la jeune femme. Si bien qu’elle avait quelques difficultés à défendre le parti d’Eléanor dès lors que son saltimbanque d’époux s’adonnait à son pamphlet. Sur la condition féminine et l’esprit du même sexe, il avait raison, au grand damne de l’infirmière qui allait jusqu’à partager son avis. Il paraissait donc évident qu’elle le détestait sans le pouvoir réellement. Triste défaite.

Jane eut un long soupir et abandonna sa panoplie de la parfaite infirmière pour gagner le chevet d’Héloïse afin de changer ses pansements. L’enfant la questionna sur tout et rien, et notamment sur le cher botaniste, lequel la rendait particulièrement curieuse. Si elle trouvait du plaisir dans les belles histoires, Héloïse portait toujours une lueur étrange dans le regard, lorsqu’elle demandait à en savoir plus la relation naissante entre les deux partis. Jusqu’à présent, l’infirmière n’y avait accordé aucune réelle attention, romançant sa vie pour plaire à l’enfant, mais aujourd’hui était différent. Héloïse lui dissimulait quelque chose et Jane se promit de l’interroger dès le lendemain. L’horloge annonçait déjà qu’il était l’heure pour elle de rejoindre l’Ivrogne du coin.

17h30. Jane cogna le heurtoir contre la porte, sac en main, parée à l’attaque. Les deux têtes de rat apparurent alors, l’une plus intelligente que l’autre. L’animal à quatre pattes eut la décence d’esprit de sauter avant que ne s’abattît le sac à main de la demoiselle sur le bipède.*

ETRE… REPU…GNANT.
Bonjour Arthur, fit-elle de son sourire le plus charmant en retrouvant aussi soudainement son calme. Ne nie pas, tu attendais ma visite avec impatience.

*Et le sourire en coin d’amusement, elle força le seuil de la porte, non sans adresser un salut de la tête au gros rat qui servait de compagnon au Fletcher. Jane n’appréciait pas les rats, outre mesure. Mais elle savait faire preuve de politesse quand la situation l’exigeait, sauf exception arthurienne.*

Mon saltimbanque préféré, faisons fi des convenances, veux-tu ? fit-elle dans une question rhétorique en se dirigeant vers le salon. Il faut qu’on parle affaire, Arthur. Oh et ravie que tu aies trouvé une chemise, ajouta-t-elle sans réel regard vers lui. J'eus peur que tu oublies ce très léger détail, bien que je me serais fort bien passée du fumet l'accompagnant.
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Arthur M. Fletcher
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MessageSujet: Re: [Jane & Arthur] La rencontre d'un damné et d'une sainte.[9 Mars 198]   Mar 21 Mar - 14:45

JANE
&
ARTHUR

LA RENCONTRE D'UN DAMNÉ ET D'UNE SAINTE.


Scorbut, dont l’odorat était bien plus développé que celui de son maître, couina avant qu’Arthur n’ait l’idiote idée d’ouvrir la porte. Fletcher fronça les sourcils et lui tapota la tête doucement :

- C’est encore ce gros chat qui te fait des misères ? Tu sais, si je le vois encore une fois dans le jardin, promis, je l’offre au Délices d’Asie. Monsieur Jong sera content, je ne lui devrai plus 5 dragots et ton tortionnaire fera beaucoup moins le malin, roulé en nems.

Il sourit de toutes ses dents –non brossées et sentant terriblement la bière gobeline- et ouvrit la porte. Scorbut sauta de l’épaule de son maître et secoua sa petite tête velue devant ce spectacle désolant. C’était à chaque fois le même cérémonial et il commençait à en avoir assez de la débilité sans nom des bipèdes, en particulier du sien. Comme il s’y attendait, le sac de Jane s’abattit sur son visage avec la monotonie ternaire de la prose de Chateaubriand. Arthur compta en même temps qu’elle se défoulait :

- Un… Deux… Trois. Oh, je suis touché, j’ai donc été particulièrement sagepour en mériter trois.

Scorbut escalada à nouveau le corps de son maître pendant que l’infirmière entrait dans le salon. Arthur laissa son regard trainer sur sa croupe qui s’agitait malgré elle avec une langueur prude délicieuse. Si elle n'était pas si navrante de naïveté et de bon sentiment, il la trouverait presque bandante. Scorbut le mordit cruellement à l’oreille.

- Hey, ça va ! grogna Fletcher. C’est la plus repoussante femme qu'il m'ait été donné de voir.

Scorbut roula des yeux. Décidemment son bipède n’apprendrait jamais rien. Il se laissa porter jusqu’au salon où Jane avait déjà pris place, habituée qu’elle était à ce genre de visite. D’un coup de baguette, il fit taire le gramophone qui éructait toujours dans un coin et lui offrit son sourire le plus hypocrite.

- Mon saltimbanque préféré, faisons fi des convenances, veux-tu ? Il faut qu’on parle affaire, Arthur. Oh et ravie que tu aies trouvé une chemise. J'eus peur que tu oublies ce très léger détail, bien que je me serais fort bien passée du fumet l'accompagnant.

- Tu es une femme, répondit-il avec tout le dédain que ce genre de phrases impliquait. J’ai conscience de votre incapacité à retenir vos hormones en présence d’un homme et plus particulièrement de ses muscles. Et étant donné que je ne compte pas déshonorer Eléanor au point de besogner la plus laide de ses amies au milieu de notre séjour, j’ai pris des mesures.

Scorbut bénit Râ –phonétiquement la divinité la plus proche de sa condition-  que son bipède ne soit pas d’humeur câline et observa Jane de ses petits yeux noirs.

- Bien sûr que tu es ici pour affaire, je ne t’aurais pas réservé une partie de ma soirée sinon. Tu penses bien qu’en l’absence de ma chère épouse, j’ai beaucoup mieux à faire que de te servir un thé. Que veux-tu ? Quand ? Et quelle quantité ?

Il s’assit sur le sofa, exhibant ses bottes flambant neuves en les déposant sur la table basse astiquée plus tôt par Eléanor.

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Jane K. Conrad
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MessageSujet: Re: [Jane & Arthur] La rencontre d'un damné et d'une sainte.[9 Mars 198]   Mer 22 Mar - 14:11

* La besogner ? Elle ? Jane arqua un sourcil avant de rire, allègrement. Cet homme se croyait réellement tout permis. Et ce depuis le premier jour. Si bien que la jeune femme n’en éprouvait plus la moindre gêne. Elle en était même devenue familière avec ce Cyrano des bas-fonds newyorkais, voire même amusée, ce qu’un étranger peinerait à croire au vu des valeurs de Jane.*

Si tu crois là m’outrager, je crains fort que tu ne sois déçu. Néanmoins, je me félicite de t’inspirer autant de déplaisance. Si un scélérat de ta renommée trouve un minima de volonté au nom de la fidélité et du mariage, c’est que la race des hommes n’est pas encore perdue ! Merlin soit loué !

* Son regard se fit rieur avant de se poser sur l’animal – à quatre pattes-. Un soupir franchit ses lèvres par compassion. Ce rat devait en voir des vertes et des pas mûres, et pour une fois – une rare fois – elle éprouva un élan d’amitié pour lui, qui ne dura cependant qu’un dixième de secondes, probablement à cause du nom qui traumatisait son âme d’infirmière. Il n’y avait qu’une seule canaille pour nommer son compagnon de la sorte. Canaille sur laquelle elle dût reporter son attention afin de répondre à l’objet de sa visite. Un mince sourire s’étendit sur ses lèvres et Jane se mit à fouiller activement dans son petit sac. Elle en sortit une petite bourse dont l’apparence laissait suggérer un contenu non négligeable, un pécule qu’un voyou tel que Arthur Mondingus Fletcher ne pourrait refuser.*

Des poumons. Urgemment. Très bonne qualité, répondit-elle sur un ton de femme d’affaires.

*Elle lui lança la petite bourse au bruit clinquant mais sourd par le poids. Jane planta ses prunelles vives et brunes dans les siennes, signe de son sérieux soudain, pour poursuivre sur sa lancée.*

Nous savons tous deux que je ne te confierais ni ma vie ni rien de ce qui m’appartient, de près comme de loin. Ta félonie et ta tartuferie ne me donnent aucune confiance. Pourtant je suis certaine qu’avec quelques motivations, tu répondras avec ardeur à ma demande. J’ai besoin de ta truandise, Arthur, que tu enquêtes pour trouver les poumons qui seraient susceptibles de guérir mon Emily. Il me faut une liste de donneurs, des donneurs qui ne manqueront à personne et desquels, tu pourrais même tirer quelques bénéfices.

*L’infirmière s’inquiétait réellement de la santé déclinante de sa jeune sœur. Elle craignait de ne pouvoir la soigner à temps, car elle manquait de moyens, de solutions. A son grand damne, le Casanova qu’elle avait sous les yeux, lui paraissait être son seul et unique recours restant. Bien entendu, elle ne partagerait pas ce détail présent avec lui, mais quelque chose en elle la poussait à espérer un acte bon de sa part. Tous deux avaient quelque chose à y gagner, et c’était là son meilleur argument. Elle aurait pu demander à Heathcliff, une enquête. Mais il fallait mieux pour sa survie qu’il demeurât tapi dans l’ombre. Quant à son cher botaniste, elle ne pouvait lui avouer son désespoir et le crime qu’elle était prête à commettre pour parvenir à ses fins. Déterminée, la jeune femme ne laisserait personne l’arrêter. Si elle choisissait l’option arthurienne, c’était également pour éviter tout jeu moralisateur. Lui seul ne chercherait pas à l’arrêter ou à sauver son âme, ce dont elle le félicita silencieusement.*

En gage de ma reconnaissance, reprit-elle dans un sourire assuré, tu auras le trésor que tu mérites, vil pirate que tu es, et peut-être même trouverais-je à souligner ton effort à notre amie commune. Je sais qu’elle en est friande, ajouta-t-elle sur le ton de la confiance en ce penchant légèrement.

*Elle se leva, veillant à ce que ses pieds malencontreux demeurent loin du rat, et fit les cent pas dans la pièce. Une poignée de secondes plus tard, elle s’arrêta résolue, et croisa ses bras sur son chemisier.*

J’ai besoin de toi sur ce coup-là, à charge de revanche.
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Arthur M. Fletcher
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MessageSujet: Re: [Jane & Arthur] La rencontre d'un damné et d'une sainte.[9 Mars 198]   Jeu 23 Mar - 21:50

JANE
&
ARTHUR

LA RENCONTRE D'UN DAMNÉ ET D'UNE SAINTE.

Lorsque Jane l’accusa –même ironiquement- d’avoir un tant soit peu de respect pour le symbole sacro-saint qu’était devenu le mariage, il mima de deux doigts dans la bouche d’avoir la nausée et leva les yeux au ciel avant de croiser les bras sur son torse. Il n’avait accepté de se marier que pour tranquilliser sa pauvre mère à qui il avait fait tant de soucis et parce qu’on lui avait juré sur Merlin qu’il y aurait un buffet gratuit :

- Ce n’est pas un quelconque sentiment de respect pour les chaînes qui me lient à ma gourde de femme qui me retiennent de limer les fondements ma chère. C’est plutôt ton œil vitreux, tes lèvres trop prudes et la conviction profonde que ton vagin est tapissé d’épines empoisonnées.

Scorbut parut satisfait de cette réponse et lécha le lobe d’oreille de son maître. L’escroc la regarda chercher dans son sac et sourit avec une moue  narquoise. Cependant, lorsqu’il la vit sortir une bourse –qui plus est de taille imposante- il déglutit. Une lueur de plaisir et d’émotion rendit la surface de son œil étonnamment aqueuse. Il sourit :

- Je retire tout ce que je dis, tu es, à ce moment précis de ma journée, la plus belle femme du monde sorcier. Ton œil à la brillance d’un astre inconnu,  tes lèvres la sagesse délicate de pétale de rose et ton vagin les coussins les plus moelleux de ce monde…

Il attrapa la bourse et vérifia tout de suite qu’il ne s’agissait pas d’or irlandais. Jane ne se moquait pas de lui, la somme était imposante et il pourrait…

- Quoi ?! glapit-il en glissant tout de même la bourse dans les replis de sa chemise.

Des poumons ? Il savait que cette femme était trop prude pour que ce soir réel. Elle devait cacher un vice immonde comme le cannibalisme. Il l’écouta justifier sa demande, quelque peu étourdi et réfléchit à toute allure.

- Jane, je n’aurais jamais cru te dire ça. Mais je vais le faire pour une seule raison : parce que c’est toi. Je m’occupe de te trouver l’organe en question, de « l’extraire », de  gérer le traitement du « reste » de l’ensemble. Je m’occupe de tout, tu ne seras impliquée en rien et n’auras qu’à… Remplir la cage thoracique d’Emily avec la livraison. J’éviterai à ton cœur sensible de donner une identité au sacrifice qui sauvera la vie de ta sœur. Mais ceci…

Il secoua la bourse.

- N’est qu’une avance. Une tâche à risque comme celle-ci mérite bien le triple. Et… Ne dis rien à Daisy. Je ne veux pas qu’elle sache ce que je suis capable de faire. Elle pense juste être amoureuse d’un trafiquant d’art sorcier, proxénète et voleur. Pas d’un assassin. Et je veux que ça continue ainsi.

Il planta dans celui de Jane un regard qui n’avait rien des fanfaronnades auxquelles elle était habituée. Il était terriblement sérieux.


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MessageSujet: Re: [Jane & Arthur] La rencontre d'un damné et d'une sainte.[9 Mars 198]   Ven 24 Mar - 11:42

Non.

*Ce simple mot sonna comme un claquement de fouet. Si pendant une demi-seconde elle s’était laissée aller à imaginer le Fletcher se sacrifiant pour elle, elle se rappela très vite la race de son interlocuteur : une vermine de la pire espèce, à laquelle il ne fallait pas se fier. Peut-être que des mois auparavant, elle aurait cru au sérieux du scélérat, tant celui-ci était inhabituel, presque inexistant. Mais la Jane d’aujourd’hui n’avait pas la confiance facile. C’était là un premier point.

Le deuxième point n’était pas difficile à deviner. En admettant que le Fletcher se prêtât aux joies de l’extraction, le poumon serait déjà mort avant même qu’il n’eût touché les doigts délicats de l’infirmière. Or Jane comptait bien obtenir un poumon sain à tout point de vue. « Sain »… Ce qualificatif-là était important, et n’était guère associable au malfrat jubilant déjà sous ses yeux. Comment Arthur Mondingus Fletcher, ennemi premier des baignoires, classé 100ème au top 50 des hommes les plus raffinés et élégants élus par les sorcières du Niffleur Fouineur, pouvait-il lui offrir un poumon sain extrait de ses mains ?

Enfin, et c’était-là le dernier point, il en était du devoir de Jane de tout faire pour sauver la vie de sa sœur. Prête au meilleur comme au pire, elle ne comptait laisser personne – y compris Tutur Fletcher – se salir les mains – même si les siennes étaient déjà miteuses et ravagés par les croupes malfamées et les bagarres rudement menées – à sa place.*

Ne sois pas ridicule, persifla-t-elle sans aucune douceur. Je dois d’abord examiner l’individu que tu m’auras donné, et celui-ci évidemment se doit d’être vivant. Ne cherche pas à endosser un rôle de sauveur, Arthur. Il te sied mal, et tu le sais aussi bien que moi, trancha-t-elle en revenant prendre place sur le sofa. Tu l’as dit toi-même, après tout, c’est une tâche à risque et c’est à moi de l’endosser. Emily est MA responsabilité. Et entre nous soi-dit, je préférerai confier ce poumon à ton rat, plutôt qu’à tes mains flétries par tous les endroits et recoins que tu as fréquentés.

* Elle le regarda d’une étrange intensité. Jane se sentait acide, amère ; ce n’était pas là un comportement fort judicieux lorsqu’on réclamait un service. Probablement devrait-elle adoucir son ton pour ne pas froisser son interlocuteur, mais la jeune femme en était tout bonnement incapable. Arthur était la seule personne à laquelle elle pouvait réellement se confronter, contre laquelle elle pouvait libérer les vices de son caractère. Elle avait pour lui une certaine considération – bien dissimulée cependant, au fin fin fin fond d’elle-même – mais aucune douceur. On ne négociait pas avec de la douceur.*

Je te demande une liste, rien qu’une liste. Je me chargerai du reste. Evidemment, cette bourse compte aussi sur ta discrétion. Et si je suis satisfaite, si j’arrive à mes fins, tu en auras une seconde, tout aussi remplie. Est-ce suffisant pour le voyou que tu es, ou est-ce que je dois m’en remettre à moi seule ? Ce dont tu me sais capable, acheva-t-elle dans un petit rictus entendu.
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Arthur M. Fletcher
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MessageSujet: Re: [Jane & Arthur] La rencontre d'un damné et d'une sainte.[9 Mars 198]   Ven 24 Mar - 12:24

JANE
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ARTHUR

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Arthur fit craquer bruyamment sa nuque et roula des yeux. Par les culottes en fourrure de Merlin, il aurait dû s’en douter : Jane resterait toujours Jane. Un mélange de vertu, de bonnes intentions et malheureusement d’élan dramatique un peu trop féminin. Il soupira et se massa les tempes, cherchant un moyen de ne pas blesser sa future cliente par un excès d’acidité. Il lui fallut chercher au cœur de ses tripes le peu de compassion et de diplomatie dont il disposait pour ne pas lui rire au visage. Il déglutit, inspira profondément et sourit :

- Jane, Jane, Jane… Il existe certaines règles tacites lorsque l’on demande un service, même contre rétribution. Des règles qu’il faut respecter même lorsque l’on est dominée par des hormones aussi ridicules que celles auxquelles sont soumises toutes les femmes.

Il se leva et s’approcha d’elle. Il lui arrivait –rarement- d’avoir une posture impressionnante lorsqu’il devenait sérieux. Et il s’avéra qu’il l’était. La vie d’un homme était en jeu, après tout. Il soutint le regard de Jane et reprit :

- Je n’ai pas besoin de cette bourse. Mes affaires vont plutôt bien en ce moment, Daisy elle-même pourra te le confirmer. Alors n’insulte pas mon intelligence en pensant tout contrôler. Crois-tu un seul instant que je laisserai une pauvre petite infirmière au cœur pur avec une liste de susceptibles victimes ? Tuer ne se fait pas sur un coup de tête. Même lorsque votre bien le plus cher est en danger, Jane. Tuer n’est pas quelque chose que l’on apprend. Et pire encore, décider qui l’on va tuer ne se fait pas ainsi. Tu te crois capable de grandes choses, Jane. Et tu l’es. Mais pas de celles-ci. Laisse les basses besognes aux âmes basses.

C’était au fond le plus beau compliment qu’Arthur Mondingus Fletcher eut pu faire à quelqu’un, il marqua un silence et sonda son regard. Jane était terriblement déterminée, ce sentiment lui plut. Il souffla. Lui qui s’apprêta à la renvoyer paître en se moquant d’elle fut touché par la détresse humaine qui était la sienne. Au fond peut-être l’escroc avait-il un cœur.

- Je te propose un arrangement. Je trouve le « donneur ». Je te donne rendez-vous dans un lieu d’hygiène et de discrétion. Il sera déjà anesthésié. Tu vérifieras qu’il corresponde à tes attentes, prélèveras ce dont tu as besoin et partiras. Vite et loin. Je m’occuperai du reste.

Il ne croyait lui-même à ce qu’il était en train de dire. Peut-être au fond que l’idée de pouvoir se regarder dans le miroir un matin sans vomir n’était pas si déplaisante. Il avala sa salive sans lâcher le regard de Jane et lui lança la bourse sur les genoux.

- Et je ne veux pas de ça. Le reste du corps sera mon paiement. Je saurai quoi en faire.

Scorbut avait les deux yeux écarquillés. Son bipède le surprenait et s’il ne l’avait pas suivi toute la matinée il aurait juré qu’il était ivre.

- C’est justement parce qu’Emily est ta responsabilité que tu ne peux pas te permettre de passer le reste de ta vie dans une geôle. Je suis habitué de ce genre de choses, je ne me ferai pas pincer. Tu es une novice et toutes les meilleures intentions du monde n’y changeront rien. A toi de voir si tu me fais un minimum confiance.


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MessageSujet: Re: [Jane & Arthur] La rencontre d'un damné et d'une sainte.[9 Mars 198]   Sam 25 Mar - 23:34

*Jane resta circonspecte et surtout muette. Ses jambes manquèrent de flancher, mais elles tinrent bon. Venait-elle d’entendre ce qu’elle venait d’entendre ? La jeune femme fit un pas vers lui, et se ravisa soudainement, les bras le long du corps. En cet instant, elle aurait voulu le serrer dans ses bras, y rester quelques instants pour partager le fardeau qu’était le sien. Mais c’était Arthur… Arthur. Aurait-elle cru un jour éprouver autant de gratitude et d’affection pour ce scélérat des bas-fonds ? Absolument pas. Et pourtant, c’était bel et bien là ses émotions. La gorge nouée par l’enjeu de leur conversation et les lèvres pincées, elle acquiesça silencieusement à toutes ses paroles. La première fois qu’elles étaient sensées, la première fois qu’elles la touchaient, elle. Comme bien des femmes en proie aux mélodrames, la jeune infirmière sentit son cœur se serrer. Ils en étaient venus à choisir le meurtre pour parvenir à sauver sa cadette. Une vie pour une vie… Et voilà que lui souhaitait l’épargner, à tout point de vue. C’était comme le voir pour la toute première fois. Jane tendit la main vers la joue du truand et la rabaissa sans même la frôler.*

Je comprends maintenant ce qu’elle a vu en toi, murmura-t-elle pour toute réponse.

*C’était là son meilleur compliment, la parole la plus douce qu’elle avait pour lui. Et pour cause, elle s’était toujours fermement opposée à lui. Jamais elle n’avait donné son amicale bénédiction ni à Eléanor, ni à Daisy. Mais en cette début de soirée, elle le faisait pour la première fois. Oh elle savait fort bien qu’il n’en avait point besoin, seulement il y avait là un symbole non négligeable, une reconnaissance particulière. Il y avait encore quelque chose à sauver chez le Fletcher, et seule Daisy, peut-être, pourrait y parvenir. C’était, au final, tout le mal qu’elle espérait pour eux.

Quant à la confiance, elle eut un sourire sincère, cette fois-ci. Sincère ou non, le Fletcher l’avait convaincue dans les règles de l’art. Jamais elle n’avait été confrontée à autant de sérieux de sa part, et Jane s’en sentait cruellement redevable. Dès lors qu’elle accepterait ses services, elle aurait une dette non négligeable envers lui. N’était-ce pas un prix raisonnable à payer pour sauver le cœur battant de sa sœur ?*

Je … J’ai confiance en toi, Arthur.

*Elle reprit la bourse, légèrement à contre-cœur, et la rangea dans son sac. Lentement, elle releva alors son regard, pour faire face à celui qui venait de lui tendre la main.*

Merci, souffla-t-elle avec une douceur dont elle n’usait que rarement en sa présence. Ce n’est pas quelque chose que j’oublierai. Tu sauras me trouver si un jour, tu as besoin d’un juste retour des choses, notamment si tu perds … *Elle se râcla la gorge dans un petit rictus.* au jeu.

*A nouveau elle se râcla la gorge, mal à l’aise. Arthur sérieux et appréciable, c’était là quelque chose à laquelle elle n’était pas habituée. De surcroît, elle avait autre chose à lui demander, un renseignement. Sous quelle forme allait-elle le lui réclamait, elle cherchait encore. Jane songeuse, pensait aux conséquences de sa future demande. Elle se mordit la lèvre et finalement se lança.*

J’ai une question personnelle à te demander, qui n’a rien à voir avec celle qui te sert d’épouse officiellement et celle qui te sert d’amante officieusement, précisa-t-elle dans un regard entendu. Et ta réponse, si tu me la donnes, restera confidentielle. Je n’irai la raconter ni à l’une, ni à l’autre.

*La jeune femme se leva à nouveau et fit les cents pas devant lui. Si le botaniste apprenait sa demande de renseignements, elle n’était pas sûre qu’il en appréciât réellement l’intention. Mais d’un autre côté, elle savait qu’il ne lui en dirait également rien. Là encore, c’était Arthur seul, son unique source d’informations. Ainsi s’arrêta-t-elle devant l’homme et l’interrogea avec une curiosité candide.*

Les bas-fonds newyorkais ont une certaine réputation. J’aimerais savoir ce qu’il en est réellement. Je sais que le Niffleur Tricheur est un lieu sobre, mais ce n’est pas le cas des autres établissements. Quelles sortes de pratiques y a-t-il là-bas ? J’y pense, as-tu lu les ouvrages du Marquis de Sade ?

*Et elle pria pour que la langue arthurienne, ce soir-là, se déliât.*
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Arthur M. Fletcher
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MessageSujet: Re: [Jane & Arthur] La rencontre d'un damné et d'une sainte.[9 Mars 198]   Lun 27 Mar - 16:34

JANE
&
ARTHUR

LA RENCONTRE D'UN DAMNÉ ET D'UNE SAINTE.

Il existait un grand nombre de choses qu'Arthur Fletcher détestait. Il en tenait d'ailleurs une liste quasi-exhaustive qu'il gardait précieusement, dans un tiroir de son bureau. Si un explorateur trop curieux s'était piqué de l'envie d'y jeter un œil, il y aurait trouvé, mêlés anarchiquement : la cannelle, le Macusa, les chèvres, l'odeur du souffre, les femmes bavardes, la bière gobeline, l’existentialisme, les beignets à la pomme, Kant, le parfum de sa grand-mère, les lunettes à double foyers, Pythagore, la théorie des cordes et la principauté de Monaco. Au milieu de tout cela siégeait en lettres capitales : LE SENTIMENTALISME EXCACERBÉ DES FEMELLES. Arthur haïssait la tendresse poudrée, il honnissait la niaiserie, il abhorrait la mièvrerie et, par dessus tout, il vomissait l'idée même d'élan de reconnaissance. Fidèle à ce précepte, Fletcher fut pris, dès que l'émotion de Jane fut visible, de l'envie foudroyante de la renvoyer manu-militari vers son hôpital miteux, l'encourageant à s'occuper de ses patients repoussants plutôt que de ses oignons. Seulement, quelque chose l'en empêcha et il ne sut pas définir quoi. Une boule de chaleur venait de se nicher dans son ventre. Une boule minuscule, de la taille d'un boursouflet à la naissance à peine, qui semblait secouer chaleureusement ses tripes. L'escroc identifia cette sensation comme la même que celle qu'il ressentait lorsque Daisy lui souriait avec franchise. Il eut un haut-le-coeur visible lorsqu'il comprit ce qu'était ce sentiment honteux : il était fier de lui.  Lorsque Jane lui dit qu'elle comprenait maintenant ce que Daisy avait vu en lui, il détourna le regard. Il ne supportait pas qu'on prononce le prénom de la chanteuse devant lui. Ce qu'elle avait vu en lui ne regardait personne. Ce qui se passait entre elle et lui ne regardait personne. Daisy elle-même ne regardait personne d'autre que lui. Il se passa une main ferme sur le visage dans un geste embarrassé et grogna :

- Laisse Daisy où elle est, veux-tu ?

Il réfléchissait déjà -cela avait la vertu de l'empêcher de penser à Daisy- à comment il mettrait en place le service qu'il s'apprêtait à lui rendre. Il agirait vite, histoire que tout cela ne s'ébruite pas trop et que Jane ne se torture pas l'esprit trop longtemps. Lorsqu'elle le remercia, il siffla entre ses dents :

- Vois ça comme... La preuve que tu avais tort. Sur mon compte. Que cela te serve de leçon : on ne voit des autres souvent que ce qu'ils veulent que nous voyons. Mais n'en parlons plus jusqu'à ce que je te contacte au moment opportun. En attendant, cette conversation n'a jamais existé. De même que cette caresse avortée vers ma joue.

Il s'assit sur le sofa qu'il avait quitté et étira les jambes en l'écoutant. Un rictus moqueur étira ses lèvres lorsqu'il entendit clairement sa demande. Il releva la tête, goguenard :

- Que se passe-t-il donc pour que la sainte Jane ne s'intéresse aux bas-fonds de New-York ? Tes ovaires commencent à te titiller ? Ou tu as enfin réfléchi à ma proposition de te faire quelques dragots en exhibant tes mamelles ?

Il marqua un temps, amusé.

- A moins que tu n'aies recueilli un chien errant que tu t’échines à domestiquer...
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Jane K. Conrad
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MessageSujet: Re: [Jane & Arthur] La rencontre d'un damné et d'une sainte.[9 Mars 198]   Mar 28 Mar - 0:12

Tu prêches une convertie, Arthur. Et je devrais même t’en retourner la leçon.

*Après tout, il était le premier à la caricaturer, et malheureusement, il n’était pas le seul. Seulement dès qu’elle y pensait, elle y voyait là son intérêt. Moins on lirait en elle, et plus elle se situerait hors d’atteinte de n’importe qui. Ce qui lui laissait une bonne marge pour surprendre son monde et faire ses petites affaires en douce. Un masque était toujours utile à celui ou celle qui savait le porter.*

Quant à cette caresse, je ne vois absolument pas de quoi tu parles.

*Elle haussa les épaules pour parfaire ses dires et s’en retourna à d’autres occupations. Elle vit alors tout le plaisir qu’avait procuré sa question, un plaisir tout sauf sain, un plaisir qui lui fit regretté de l’avoir posée. La prochaine fois, elle interrogerait Heathcliff, bien plus sûr que ce filou devant elle.*

Oh veux-tu bien ôter ce sourire jubilant de tes lèvres ? le réprimanda-t-elle en soupirant d’exaspération. Et puis cesse donc de me comparer à toutes les femmes que tu connais, de vue, de couche, ou de je ne sais quoi d’autre. Mes ovaires vont parfaitement bien !

*Une enfant lui aurait tiré la langue. Une enfant l’aurait frappé. Non Jane l’aurait frappé. Alors elle le frappa sur la main comme on punit un enfant. Elle eut alors un soudain regard pour la cuisine éloignée. Une casserole ou une poêle… Elle aurait aimé faire cette expérience sur lui, juste une fois, pour connaître sa résonnance.*

Me laisseras-tu un jour tester une poêle sur toi ? demanda-t-elle dans une petite rêverie. Crois-tu que ça remuerait tes méninges ou qu’au contraire, ça sonnerait creux ? Question empirique je suppose.

*Puis elle reposa son regard sur lui avec une pointe d’exaspération qu’elle « dissimula » derrière un sourire. Hors de question d’évoquer le botaniste avec la commère des bas-fonds Newyorkais. Par chance, ce n’était pas les alibis qui manquaient. Elle leva les mains en signe de reddition et soupira longuement, la mine soudainement sérieuse.*

D’accord, d’accord… Mais il ne faut pas que cela s’ébruite pour le moment d’accord ? Trois personnes à l’hôpital, un homme et deux femmes, ont été admis avec des symptômes très étranges, mentit-elle éhontément sans que son visage ne la trahisse. Je soupçonnais donc certaines pratiques qui pourraient transmettre ce genre de petits problèmes. De surcroît, tu sais mieux que quiconque que le contexte est toujours important pour la conception d’un remède non ?

*Elle n’en dit pas plus afin de ne pas perdre en crédibilité. Maintenant restait Sade…*

Quant à l’ouvrage, je souhaite le lire parce qu’un des patients du Dr de Brocéliande cherche à refourguer des livres à mes petits patients innocents. Et je suppose, vu son sourire vicelard que c’est pour une éducation qui n’est pas de leur âge.

*Ouuh la menteuse, elle est amoureuse !
Mais Jane était d’une impossibilité parfaite, comme lorsqu’elle devait annoncer à ses patients de mauvaises nouvelles ou au contraire les faire patienter sans les inquiéter. Sur Arthur en revanche, c’était là un tout autre problème. L’as des mensonges c’était lui -enfin quand il s’agissait de mal les dissimuler.-*

Mais rappelle-moi de ne jamais te présenter à un futur quelconque compagnon, dans un avenir proche, lointain ou inexistant. Tu l’effraierais avec tes inepties, et je ne suis pas sûre que ton nez survivrait à cette comparaison domestique. Ne me compare pas à ta femme, je te prie. Je mate les bêtes sauvages, je ne les domestique pas, claironna-t-elle d’un faux sourire fier. De toute façon, une femme est bien trop niaise et aveuglée par son amour pour domestiquer quoi que ce soit ou qui ce soit, opinion commune que tu partages non ? questionna-t-elle en dérivant de sujet, comme on discutait avec un « ami », un camarade.

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Arthur M. Fletcher
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MessageSujet: Re: [Jane & Arthur] La rencontre d'un damné et d'une sainte.[9 Mars 198]   Sam 1 Avr - 15:21

JANE
&
ARTHUR

LA RENCONTRE D'UN DAMNÉ ET D'UNE SAINTE.

Lorsque la main de Jane s'abattit légèrement sur la sienne, Arthur eut un sourire persifleur. Il la contourna et laissa traîner son regard sur chaque centimètre carré de son corps de sainte. Il semblait chercher quelque chose. A la manière d'un chien de chasse débusquant une hase mutine.

- Non, je ne te laisserai pas jouer avec une poêle sur moi, ma douce et tendre Jane. Bien que je considère que ce serait là un outil avec lequel toute femme devrait se familiariser, je soupçonne chez toi des desseins tout autres que ceux concernant l'art culinaire sorcier, vois-tu ? Et je n'ai pas -cela te surprendra- la folle envie d'expérimenter l'impact d'un tel objet sur ma boîte crânienne. Mais si tu es sage, je t'offrirai une brique avec laquelle tu pourras lester ton sac à main.

Il l'écouta monter son histoire fantasmagorique concernant des malades victimes d'un mal difficile à  diagnostiquer et se redressa, droit comme un i. Il avait visiblement terminer son auscultation rapprochée et attendait qu'elle ait fini de déblatérer avec l'air satisfait d'un professeur cruel attendant le moment délicieux où il pourrait, enfin, confondre le premier de la classe. Lorsqu'elle se fut enfin tue, il soupira avant de conclure, d'un ton professoral :

- Elève très attentive et sérieuse durant tout le trimestre. Une très bonne entrée en matière, une impassibilité du visage très convaincante mais... Quelques maladresses sur l'improvisation qui nous laissent présager une source de distraction extérieure. En un mot :...

Il s'approcha d'elle, taquin et lui murmura à l'oreille :

- ...Menteuse.

Visiblement, la sacro-sainte Jane s'encanaillait. Arthur ne voulut pas savoir avec qui ni comment. Jane était l'une de ces entités amicales que l'on a et que l'on idéalise. Il ne voulait pas voir l'image qu'il avait d'elle se fissurer. Comme l'avait écrit un ami d'un autre siècle : il ne faut pas toucher aux idoles ; la dorure en reste aux mains. Et Jane était pour lui une sorte d'idole païenne de la vertu et de la patience. Deux idées lointaines qu'il aimait à fréquenter à grands coups de sacs à mains, quelques fois par mois. Il se détacha d'elle et lui répondit donc, sans la taquiner plus :

- Ma douce, s'il y a bien une chose qui caractérise cette ville -en dehors de son odeur de ferraille pourrie- c'est sa multitude. New-York est un monde à elle toute seule. Et ses bas-fonds en sont les Enfers. On y trouve de tout.

La lueur dans l'oeil d'Arthur changea tout à coup. Il s'apprêtait à décrire son fief ; les boyaux sombres de la ville qu'il avait choisis pour royaume. Sa voix se fit plus intense, plus grave. Il débita ces quelques phrases d'un trait, sans ciller, en regardant Jane avec l'oeil torve d'un fou.

- Je ne connais pas les goûts de ton... De tes patients. Mais dis-toi que certains y descendent juste pour se faire peur et goûter au pic d'adrénaline  que provoque le fait d'en sortir vivant. D'autres y savourent les vapeurs entêtantes et suaves des substances les plus exotiques du monde botanique : filet du diable, racine de mandragore, feuille de prunier dirigeable... D'autres encore vont tremper leur chibre dans l'intimité humide de vélanes à peine pubères, de harpies ou même de gobelines. Et je ne te parle même pas de ceux qui s'y trouvent pour s'exercer aux plus sombres pans de la magie noire. Le meurtre, le vol et l'escroquerie sont de bien petites choses face aux malédictions, anathèmes, décoctions et bibles noirs que j'ai vus passer sous le manteau. C'est bien la caractéristique des bas-fonds, ma chérie. Tout y est possible. Surtout le pire. Alors si tu ne me donnes pas un peu plus d'infos sur ton « patient », je crains fort de ne pas pouvoir te dire s'il y va pour profiter de la bière gobeline à faible prix ou pour maudire toute une génération de sorciers en s'aspergeant de sang frais et se flagellant le dos.

Il marqua une pause de quelques secondes. Quelques secondes durant lesquelles son regard noir s'était emparé de celui, pur et doux, de Jane. Il sourit et relâcha la pression et se détournant d'elle. D'une voix redevenue taquine, il reprit :

- Et concernant Sade, ma tendre Jane, ce ne sont des lectures ni pour tes patients, ni pour toi. Le bonhomme me tient particulièrement à cœur en ce qu'il a tenté de philosopher sur l'art de foutre et sur la délicieuse volupté de la douleur. Retire-ça de suite à tes patients, tu as une jolie croupe que de telles lectures pourraient rendre beaucoup trop tentante.
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Jane K. Conrad
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MessageSujet: Re: [Jane & Arthur] La rencontre d'un damné et d'une sainte.[9 Mars 198]   Dim 2 Avr - 14:21

*Pauvre Jane…Mais c’était de loin ce qu’elle préférait chez ce brigand : son honnêteté, lorsqu’il décidait d’en user bien sûr. Contrairement à ce que son épouse osait dire de lui, l’infirmière savait cet homme aussi intelligent que sournois, aussi bon qu’il savait être des plus mauvais et malsains. Elle savait aussi que pour certaines conversations qui se devaient être profondes, elle préférait, et de loin, l’époux à l’épouse. Car Eléanor avait, bien souvent, la conversation plate, insipide. L’élan qu’on attribuait que trop souvent aux femmes n’apparaissait qu’à l’évocation des hommes et d’Arthur. Ce qui lassait Jane. Eléanor avait beau être une amie proche de l’infirmière, une amie qu’elle affectionnait, elle représentait à bien des égards les femmes pour qui Jane n’avait que peu de considération. La différence se trouvait dans les rêves que l’épouse Fletcher avait proférés à l’oreille de sa confidente, un jour. C’étaient toutes ces petites choses, qu’elle n’appréciait que peu chez l’épouse, qui immunisaient Arthur des susceptibles rapports que Jane aurait pu faire à son épouse. Eléanor l’interrogeait souvent, et même que trop souvent, et jamais elle n’avait trahi l’époux. Oh elle répétait bien ses mises en garde, glissait quelques petites piques ici et là mais jamais ne lui nuisait. Et pour cause, Arthur était de ces truands et hommes dont on pouvait avoir besoin n’importe quand, qui pouvaient se révéler fort utiles et qu’il ne fallait pas se mettre à dos. En outre, Arthur était ce bibelot laid dont on n’arrivait jamais à se défaire, prétextant une raison sentimentale, alors qu’il n’en était rien. On y était attaché, sans réelle raison.

Quand il lui souffla le terme « Menteuse », Jane ne put qu’en sourire alors même qu’elle avait souhaité le duper. Un jour, elle arriverait à le duper, un jour. Pour ce faire, elle allait devoir travailler ses mensonges et ses duperies, qui pour elle, étaient tout bonnement contrenature. Elle écouta le récit descriptif d’un des Seigneurs des bas-fonds, le regard ancré dans la noirceur qu’elle voyait naître dans ses prunelles. Jane avait quelques doutes sur ce qu’il se passait dans le New-York dont elle ne connaissait que peu de choses, mais ils étaient bien loin de ce qu’il lui révélait. Sans qu’elle ne put la contrôler, la blancheur maladive s’installa sur son visage désormais livide. Elle ferma brièvement les yeux et inspira longuement pour reprendre la contenance d’usage. Elle sentait son regard sur ses traits et Jane en serra quelque peu ses petits poings. Effectivement son cher botaniste était fort sage en sa présence, et elle percevait maintenant à quel point. Oh elle n’avait guère besoin de plus détails, il lui avait donné suffisamment d’indices pour confirmer les dires Arthuriens. Un rire nerveux vint alors balayer sa gorge et, soudainement, elle rouvrit ses yeux bruns dans lesquels trônait une petite lueur d’inquiétude.*

Tu n’as jamais pensé à peindre ou à écrire un guide touristique sur les Bas-Fonds ? Ta description est saisissante et, je te remercie de ton honnêteté sur la question, Arthur.

*Elle clôt alors ses lèvres pour éviter qu’une autre question ne vint à s’en échapper. Comment était-elle censée rivaliser, si toutefois c’était là le terme à employer. Jane allait devoir se surpasser dans ses domaines si elle voulait tenir un minimum tête aux bas-fonds régnant dans l’être qu’était Clayton. Car il n’était pas question pour elle de devenir une seconde Eléanor ou une seconde Daisy, bien que la seconde semblait mieux lotie que la première. Ses yeux se posèrent sur Arthur et elle sut … elle sut que sa conception si théorique, si idéalisée, allait devoir changer ; que c’était là une expérience qu’elle vivrait différemment des autres femmes, et ce fut là une idée qui la réconforta. L’inclination pouvait s’épanouir, grandir et évoluer, mais elle devrait garder le terme « d’inclination ». Ainsi se préserverait-elle de toute déception, de toute maladresse effrayante, et profiterait simplement de l’instant, de sa pureté, de ses émotions cristallisées … de sa beauté cachée. Elle eut un second soupir cette fois-ci libérateur, et se mit à sourire.*

C’est là un conseil que je vais prendre. Dans tous les cas, si une question me turlupine, tu sauras y répondre assurément. Quant à mon patient, j’en sais suffisamment pour ne pas m’aventurer sur ce terrain-là en profondeur. La totale transparence est une utopie dangereuse et je ne compte pas partir à sa conquête. Les grandes lignes me paraissent suffisantes, pour le reste, que ses pratiques demeurent dans les bas-fonds. Ce que je crains en revanche, Arthur, c’est qu’une guerre civile ne naisse là-bas. Les langues et les pensées sont si facilement déliées avec l’alcool, les tensions deviennent oppressantes et les Adeptes de Salem rodent sur les seuils de nos portes, et ce au sens littéral, ajouta-t-elle la mine sérieuse. Une parole de trop et le feu y prendra son essor. On ne fuit pas le danger et on le prévient difficilement, mais êtes-vous au moins un minimum prudents là-bas ? Mmh.

*Elle se râcla soudainement la gorge, comme si elle venait de prendre conscience de ses paroles et de ses mises en garde féminines, et tapota gentiment l’avant-bras du truand.*

Oublie cette question, ce ne sont pas mes affaires. Vous êtes assez grands pour savoir ce que vous faites et la manière dont vous le faites. Evitez d’y laisser votre carcasse, vous serez mieux lotis à l’hôpital, soupira-t-elle dans un petit sourire. Avant que je te ne quitte, un conseil à me donner ?
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Arthur M. Fletcher
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MessageSujet: Re: [Jane & Arthur] La rencontre d'un damné et d'une sainte.[9 Mars 198]   Dim 2 Avr - 18:08

JANE
&
ARTHUR

LA RENCONTRE D'UN DAMNÉ ET D'UNE SAINTE.

Arthur vit le visage de Jane prendre rapidement la couleur des macchabées qui flottaient  certains soirs de violence dans les replis de l'Hudson. Il s'en voulut brièvement de lui avoir dépeint avec autant de vérité les milieux dans lesquels il évoluait. Il eut cependant ainsi la certitude que le cœur de la sainte Jane s'était attaché à l'un des corniauds qu'il côtoyait. Cette fois-ci -et cela l'agaça- une partie de son être voulut savoir de qui il s'agissait. Il connaissait pratiquement tout le monde dans ce milieu ou en avait au moins entendu parler. Il espéra un bref instant qu'il ne s'agissait pas de ce suceur de sang acariâtre dont il avait ouï souffler le nom depuis quelques jours. Il l'écouta lui intimer de prendre garde et secoua la tête :

- Jane, Jane, Jane... Ma jolie Jane. Tu es bien perdue face à cet univers dont tu ne récoltes qu'une partie des blessés, n'est-ce pas ? Sache qu'en haut de la porte cochère du Bronx qui mène aux bas-fonds, est sculptée une devise que nous nous devons tous d'observer :

« CE QUI ADVIENT EN CES LIEUX ;RESTERA TOUJOURS EN CES LIEUX. »

- Les bas-fonds ne seront jamais le siège d'une guerre civile, rassure-toi. La guerre se fera au dessus, dans vos rues. Nous, nous serons les acteurs de l'ombre, comme nous l'avons toujours été.


Il lui sourit un instant. Jane avait quelque chose dans le regard qui lui rappela celui de Daisy lorsqu'il rentrait au milieu de la nuit, l'arcade explosée par un  ivrogne vexé ou un mari jaloux. Il lui attrapa le bras, sans brusquerie.

- Oui, je répondrai toujours à tes questions et j'espère, sans avoir jamais à te mentir. Mais Jane, sache que tu mérites mieux que les... "patients", qu'abritent les bas-fonds. Je le sais mieux que quiconque, je connais ces types. J'en suis.


Il se racla la gorge et leva les yeux au ciel. Il fallait qu'il demande. Cela lui écorchait la langue mais il fallait absolument qu'il sache si le type pour qui elle s'inquiétait tant était une véritable ordure ou non.

- Je le connais, ton "patient" ? Imagine que ce soit l'un de mes amis. Je m'inquiète maintenant de savoir si l'un d'entre eux est malade, demanda-t-il en maintenant avec une insolence moqueuse le petit mensonge idiot de Jane.

Son ton s'était adouci. Il gardait cependant sa main sur le bras frêle et doux de Jane. Il se demanda un court instant quel comportement il suivrait s'il advenait que ce type soit effectivement de ses amis : il se foutrait de lui. Eternellement. Lui demandant à chaque entrevue comment se portait Jane la Sainte-Nitouche. Et le mettrait aussi en garde concernant son hypothèse de parois vaginales jalonnées d'épines. Puis, il devait l'admettre, il veillerait de loin à ce qu'il se comporte bien avec la demoiselle. Après tout, il... Scorbut s'y était attaché. Et un rat dépressif devenait incontinent, c'était une chose connue chez tous les propriétaires de ces sales bêtes.
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MessageSujet: Re: [Jane & Arthur] La rencontre d'un damné et d'une sainte.[9 Mars 198]   Dim 2 Avr - 21:20

*Elle lui décocha un de ses plus beaux sourires sincères. Cet homme pouvait se révéler des plus surprenants. Finalement, elle ne s’en sortait pas trop mal avec son cercle d’amis, tous peu fréquentables en apparence, et pourtant de vrais philanthropes à leurs heures.
Quant à la guerre, elle acquiesça doucement, estimant cependant qu’au-dessus ou en-dessous, l’un comme l’autre n’étaient guère préférables. Elle repassa en vue, brièvement, les idéologies de chacun et se râcla légèrement la gorge. Avec leurs sottises, leurs décrets et machinations, ils allaient tous finir par s’entretuer.*

Si elle doit advenir, j’espère qu’elle se fera dans des temps plus raisonnables, Arthur car les gens murmurent, y compris à l’hôpital. Et je les entends…

*Elle n’en dit plus et réprima le frisson qui parcourait allègrement son échine. Son regard suivit alors la main qui l’agrippa et revint se greffer au sien, dans un sourire aussi satisfait qu’amusé.*

Tu noteras qu’ils sont peu, désormais, à ne pas fréquenter les bas-fonds, souligna-t-elle dans un petit rire léger. Même moi, j’y ai mon pied ; pour des raisons différentes, certes. Les bas-fonds représentent un eldorado béni dans le cœur de beaucoup d’hommes. Et sache, ajouta la jeune femme en tapotant sa main comme pour le rassurer, que je n’en avais nulle connaissance le jour de notre rencontre, ni le jour suivant.

*Cette fois-ci, son rire se fit franc et taquin. Tutur Dingus Fletcher laissait sa curiosité s’exprimer. N’était-ce pas charmant ? Mais Jane, méfiante, se refusait d’en divulguer quoi que ce soit. Elle ignorait ce que ferait le grand Fletcher de cette précieuse information, et pour une fois, elle ne souhaitait pas tenter le diable.*

Est-ce que tu connais mon « patient » ? Probablement, ton répertoire fait la taille de notre armée, humorisa-t-elle dans une œillade complice. Mais je ne te dirai pas son nom, Arthur. Tu t’empresserais de lui confier ce que tu sais, au risque de me faire passer pour une fouineuse. Ce que je ne suis pas, continua-t-elle sur un ton plus ferme, dans le cas contraire, je te donnerais volontiers son nom. Seulement je te l’ai dit, je ne veux pas de cette transparence. Et pour tout t’avouer, ce n’est que l’histoire d’une possible, probable, inclination. Contrairement aux autres femmes, je ne préfère pas m’avancer ni espérer tout et rien de cette relation. Si fragile et pur mon cœur peut te paraître, je sais être prudente, le rassura-t-elle touchée par l’attention.

*Elle lui tira finalement la langue, comme une enfant, à la taquinerie.*

Quant aux maladies, ce n’est rien dont tu dois te soucier, répondit-elle plus sérieusement tandis que trônait sur ses lèvres un immense sourire victorieux. Tu es à jour dans tes vaccins depuis quelques mois déjà, ton dernier coma fut très utile.

*Elle venait de claironner d’une manière effrontée. Oui, elle pratiquait suffisamment sur le corps amorphe et endormi d’Arthur pour l’immuniser contre toutes maladies venues tout droit des bas-fonds. Elle en tirait d’ailleurs quelques fiertés, si bien que devant les grands yeux du truand, elle répondit innocemment :*

Eh bien quoi ? Qui serais-je si je ne prenais pas soin de ta santé ?
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Arthur M. Fletcher
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MessageSujet: Re: [Jane & Arthur] La rencontre d'un damné et d'une sainte.[9 Mars 198]   Dim 2 Avr - 21:51

JANE
&
ARTHUR

LA RENCONTRE D'UN DAMNÉ ET D'UNE SAINTE.

Les paupières parcheminées d'Arthur se plissèrent lorsqu'il se rendit compte que sa chère amie ne comptait absolument pas lui divulguer le nom de son futur pourfendeur de vagin. Il poussa un grognement plaintif d'enfant capricieux et frustré et s'écroula théâtralement sur le sofa. Il allait bouder. Elle allait voir ce que cela fait de faire des cachotteries. Il lui lança ce qu'il appelait mentalement le « Regard de la mort qui tue tout, même les trucs immortels » et geignit :

- Mais... Je ne lui aurais rien dit, voyons. Enfin je me serai juste moqué gentiment. Mais si tu tiens à garder cela secret, je n'en ferai rien. Je ne voudrais pas que le damoiseau se sente menacé par la stature érotique incomparable de Sire Arthur Mondingus Fletcher.

Elle faillit le faire penser à autre chose en mentionnant les vaccins qu'elle lui administrait durant les comas éthyliques qu'elle prenait -dans sa grande bonté d'âme- en charge. Il ouvrit de grands yeux révulsés et sauta à pieds joints sur le sofa, accroupi comme une bête sauvage traquée. Une voix outrée -qu'un observateur extérieur aurait plutôt assimilé à un rugissement animal furieux- s'échappa de ses lèvres :

- TU AS FAIT QUOI A MON CORPS ?

Scorbut secoua la tête et quitta la pièce, lassé de l'incapacité de son maître à se comporter en adulte plus de cinq minutes d'affilée. Arthur la montra du doigt, véritablement indigné. Il avait une sainte horreur des aiguilles ce qui était la seule raison pour laquelle il n'avait jamais développé d'addiction à certaines drogues dures.

- Tu as planté des petits bouts de fer dans mon corps vile femelle ? Tu as osé malmener l'épiderme parfait et gracile de mon corps d'éphèbe pour y inoculer ta médecine détestable ? SUCCUBE DE SATAN !

Il allait se redresser pour lui lancer en plein visage une comparaison peu élogieuse entre sa prétendues laideur et un derrière d'Eruptif lorsqu'il se prit les pieds dans le tapis et retomba mollement sur le sol. Sa chute le calma une dizaine de secondes. Vexé comme un garçonnet, il déglutit et lâcha, boudeur :

- Moi qui me targuais dans tous les bars d'avoir une constitution de viking qui effrayait les virus...

Il changea de sujet rapidement et revint sur celui qui l'intéressait vraiment -et lui permettait de faire oublier sa chute - : le damoiseau de Jane.

- Disons que c'est là le service que tu me dois pour le petit « article » que tu m'as demandé de trouver pour Emily. Tu me dis qui est ton jules et nous sommes quittes.
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Jane K. Conrad
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MessageSujet: Re: [Jane & Arthur] La rencontre d'un damné et d'une sainte.[9 Mars 198]   Lun 3 Avr - 9:59

*Elle soupira d’un long soulagement lorsqu’elle le vit abandonner, et surtout avouer qu’effectivement, elle avait fort bien fait de ne pas être allée plus loin, d’autant plus qu’elle en avait déjà trop dit. Pis encore, si le botaniste l’apprenait … La curiosité féminine était décidément un lourd fardeau à porter. C’était dans les cas de ce genre, que Jane se sentait dans l’obligation d’avouer la vérité. Sûrement pas à Tutur, non, mais au botaniste en personne. Avec un peu de chance, faute avouée, faute à moitié pardonnée – ou elle se ferait pardonner, au choix -. Alors elle lui fit comme juste retour des choses, le regard froncé de Miss Jane dont ses prétendants avaient toujours peur.*

C’est bien là mon problème Arthur, c’est qu’en te moquant de lui, tu révèleras l’erreur que j’ai faite de t’interroger. Je ne peux pas, sur ce sujet-là du moins, compter totalement sur ta discrétion, même si en soit notre « amitié » (mot qui la fit joyeusement déglutir) prouve suffisamment que je ne suis pas naïve face aux bas-fonds et que je les accepte.

*Et puis ce fut le drame … Scorbut déguerpit, Tutur joua à saute-sofa et elle … elle se tint bien droite devant lui, un sourcil arqué avant de rouler des yeux d’exaspération. Arthur était un véritable enfant, à l’image de ses patients parfois plus disciplinés. Alors elle prit un voix calme, patiente et douce, et répondit.*

Arthur ça suffit, descends de là.

*Son vœu fut exaucé tandis qu’elle réprimait un sourire moqueur. Jane se pencha sur le côté pour observer l’état du damoiseau qui venait de perdre toute sa splendeur, et reprit.*

Tu partages leur odeur, sois donc heureux, d’autant plus que personne ne sait que tu as une infirmière personnelle à ton chevet. Donc cesse de faire l’enfant et remercie ma divine bonté de prendre soin de toi quand tu sommeilles à l’hôpital. Car réfléchis bien, où serais-tu terré si toutefois il advenait que tu tombes malade ? Mmh ? Tu serais remis aux bons soins de ton épouse, ce que tu ne veux pas. Alors finis les jérémiades et …

*Jane ferma instantanément la bouche et ne cacha pas son agacement soudain. Lui faire du chantage vis-à-vis d’Emily avait comme qui dirait le don de la mettre en colère. Le visage soudainement fermé, elle s’apprêta à se lever pour prendre congé et répliqua d’une voix glaciale.*

Premièrement, je n’ai pas « Jules » comme tu dis. Deuxièmement, tu le sauras au moment venu. Troisièmement, me faire du chantage contre ce que je t’ai demandé pour Emily, c’est indigne, même de toi. Tu n’as donc aucune conscience ? La vie de ma sœur contre le nom de la personne pour laquelle je ressens une certaine inclination ? Mais va au diable, Arthur ! Je ne t’en dirai absolument rien. Je ne gâche pas ta relation avec Daisy, alors ne t’avise pas de chercher à gâcher la mienne, je te prie.

*Le regret. Ce fut l’ombre qui passa sur son visage alors même qu’elle avait échoué à se taire. Jane se leva et fit face à l’homme capricieux, vexée qu’Arthur en arrive à de pareilles extrêmes. Elle prit l’intégralité de ses affaires et s’avança vers la porte d’entrée.*
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Arthur M. Fletcher
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MessageSujet: Re: [Jane & Arthur] La rencontre d'un damné et d'une sainte.[9 Mars 198]   Ven 7 Avr - 21:18

JANE
&
ARTHUR

LA RENCONTRE D'UN DAMNÉ ET D'UNE SAINTE.

Il a toujours existé, dans chaque siècle, sur chaque continent, dans chaque classe sociale, des êtres très peu accoutumés à la présence humaine. A ces cœurs charbonneux s'offraient peu de solutions en somme. Certains, dotés des humeurs les plus irritées, s'exilaient tout à fait de leurs semblables. D'autres, qu'une certaine souplesse du tempérament finissait par conquérir, les supportaient à dose infinitésimale. Arthur était de ceux-là. Il n'avait pas encore eu le courage de quitter le monde des hommes et tentait donc parfois de se faire une raison en leur avilissante compagnie. Parfois, une phrase, un emportement, une réaction prétentieuse ou irréfléchie de son interlocuteur le ramenait brutalement à ce constat vénéneux : il haïssait ses semblables pour ce qu'ils étaient ; ses semblables. La réaction mi-outrée, mi-houleuse de Jane eut cette effet désastreux. Il se redressa tout à fait. Il n'y avait dans le regard noir du sorcier plus rien de l'enfant capricieux qui se roulait sur le sol quelques minutes plus tôt. Il la fixa avec un dédain terrifiant :

- Du « chantage » ? Mais ma pauvre Jane, as-tu donc l'expérience d'un scrout nouveau-né pour ne pas avoir encore compris que la vie elle-même en est un ? Et plus encore le commerce. Tu veux quelque chose de moi, quelque chose pour lequel je mets en jeu et ma vie et ma place en ces bas-fonds. Quelque chose de grave et nécessaire. Et pour cela, j'ai la magnanimité de ne te demander que le nom de celui qui aura bientôt le désastreux honneur de besogner ton con poussiéreux...

Il s'était approché d'elle et l'avait plaquée contre la porte d'entrée. Il ne lui ferait pas de mal, il voulait juste lui faire comprendre l'indigence de sa conscience. Sa voix était basse, sifflante comme une vipère à l'affût. Elle se fit plus faible encore, presque douce, lorsqu'il lui murmura à l'oreille :

- Et cela te paraît être un tribut trop élevé à payer pour la vie de ta sœur ? Quel sens de la famille admirable, Jane...

Il la relâcha brusquement et ouvrit la porte d'un coup de baguette. Sans violence mais avec fermeté, il la poussa dehors. Il comptait bien se retirer enfin seul ; en Roi méhaigné régnant en son empire d'ordures. Il lui souffla :

- Quand tu auras fini Sade -parce que tu le liras, j'en suis certain- attaque-toi à l'oeuvre d'un sorcier, français lui aussi, qui vécut longtemps au milieu des no-maj'. Dans sa meilleure pièce, le véritable misanthrope dit ceci :
«
 Je prends, tout doucement, les hommes comme ils sont,
J’accoutume mon âme à souffrir ce qu’ils font.
 »

Il marqua quelques secondes de silence.

- Je bénirais les cieux d'arriver un jour à mettre en pratique cette fataliste maxime. En attendant et puisqu'au fond, je suis bien plus atrabilaire que flegmatique, je te demanderai de ne plus me contacter avant que je ne le fasse. Prions pour que la recherche du futur doneur de ta soeur et ton silence me rende l'hypothèse de ta présence plus supportable.

Sur ces derniers mots cinglants, il claqua la porte. A nouveau seul avec lui-même Arthur relança le gramophone qui vrombit quelques secondes avant de reprendre sa litanie. Il saisit une bouteille de Whisky-Pur-Feu en se répétant inlassablement la question qui tiraillait son esprit encore sobre : pourquoi n'avait-il pas rompu cette promesse de service ? Qu'est-ce qu'il l'avait empêché de le faire ?
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Jane K. Conrad
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MessageSujet: Re: [Jane & Arthur] La rencontre d'un damné et d'une sainte.[9 Mars 198]   Dim 9 Avr - 11:58

*La noirceur de ses iris lui fit comprendre que l’instant des demandes, confessions et amitiés était révolu. Elle-même se sentait d’une humeur froide, méprisante. La déception était toujours un sentiment cruel. Jane ne le savait que trop bien car elle lui laissait souvent un éternel souvenir d’amertume. Son regard pourtant lui insuffla une certaine angoisse. En soit, elle n’avait pas peur du brigand, mais elle craignait ce qu’il pouvait faire par excès de vanité et d’autosuffisance. Elle se doutait que la répression qu’elle venait d’opérer sur sa curiosité et son ego fouineur ne plairait pas. Mais elle représentait à merveilles le dilemme cornélien opérant en elle. Et elle refusait tout bonnement de laisser une part de son avenir propre dans les mains rugueuses du Fletcher. Evidemment, la tournure de phrase – car Môsieur savait les choisir pour qu’elles atteignent sans détour leur cible – ne put que la frapper en pleine conscience. Son dos plaqué contre la porte, Jane subit les assauts de la vipère, du boa qui serpentait autour de son cœur pour l’enlacer fort et manqua de gifler de tout son cœur l’homme qui osait remettre en question ce qu’elle donnait depuis des années à sa cadette. La colère prit l’avantage sur sa conscience maltraitée et en proie au doute, et noircit à son tour ses prunelles. Mais elle ne répliqua pas, d’une part parce qu’elle n’en eut pas l’occasion, d’autre part parce qu’elle aurait alors tout entrepris pour l’atteindre à son tour, bien que l’entreprise aurait été vaine et futile.

Sur le seuil de la porte, à l’extérieur de la maisonnée, Jane serra ses poings avec violence. Son souffle, relâché, se fit accéléré. Elle rêvait de lui donner une leçon, une leçon qui rabattrait une fois pour toutes le caquais de cet homme incapable d’observer son reflet dans le miroir. Ses paroles, bien évidemment, continuaient leur doux cheminement, s’insinuant ici et là dans ses sentiments. Mais la jeune infirmière ne voulait plus payer de tribut depuis sa rencontre avec le botaniste car elle se savait capable d’endosser ses deux vies, de maîtriser à la fois son cœur et sa raison. C’était là le souhait de sa sœur depuis le commencement.
Egoïste, peut-être l’était-elle finalement, à se trouver des excuses et des raisons pour se libérer un peu plus de ses choix, seulement, elle n’avait pu se résoudre à donner au truand la seule chose qui lui offrait l’adrénaline et l’aventure tant escomptées. Jane eut un long soupir et reprit le chemin de l’hôpital, le cœur et ses épaules tous trois lourds et affaissés, avec la conviction cependant qu’elle parviendrait à ses fins quoi qu’il advienne.*
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MessageSujet: Re: [Jane & Arthur] La rencontre d'un damné et d'une sainte.[9 Mars 198]   

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